Je goûtai tellement cette idée que, lorsque je me trouvai seul, je ne moccupai plus dautre chose. Je me rappelai les discours de M. LÉvêque dAmiens, qui mavait donné le même conseil, et les présages heureux quil avait formés en ma faveur, sil marrivait dembrasser ce parti. La piété se mêla aussi dans mes considérations. Je mènerai une vie sage et chrétienne, disais-je ; je moccuperai de létude et de la religion, qui ne me permettront point de penser aux dangereux plaisirs de lamour. Je mépriserai ce que le commun des hommes admire ; et comme je sens assez que mon coeur ne désirera que ce quil estime, jaurai aussi peu dinquiétudes que de désirs. Je formai là-dessus, davance, un système de vie paisible et solitaire. Jy faisais entrer une maison écartée, avec un petit bois et un ruisseau deau douce au bout du jardin, une bibliothèque composée de livres choisis, un petit nombre damis vertueux et de bon sens, une table propre, mais frugale et modérée. Jy joignais un commerce de lettres avec un ami qui ferait son séjour à Paris, et qui minformerait des nouvelles publiques, moins pour satisfaire ma curiosité que pour me faire un divertissement des folles agitations des hommes. Ne serai-je pas heureux? ajoutais-je ; toutes mes prétentions ne seront-elles point remplies? Il est certain que ce projet flattait extrêmement mes inclinations. Mais, à la fin dun si sage arrangement, je sentais que mon coeur attendit encore quelque chose, et que, pour navoir rien à désirer dans la plus charmante solitude, il y fallait être avec Manon. Vous en fûtes témoin à Pacy. Votre rencontre fut un heureux moment de relâche, qui me fut accordé par la fortune. Mais Des Grieux a faim ; il interrompt son récit pour le souper. Partie II Je lui accordai sincèrement tout ce quil souhaitait, et je le priai de plaindre la malignité de mon sort, qui me faisait profiter si mal des conseils dun ami si vertueux. Il me mena aussitôt chez un banquier de sa connaissance, qui mavança cent pistoles sur son billet ; car il nétait rien moins quen argent comptant. Jai déjà dit quil nétait pas riche : son bénéfice valait mille écus ; mais, comme cétait la première année quil le possédait, il navait encore rien touché du revenu ; cétait sur les fruits futurs quil me faisait cette avance. Accès peut-être, mais assurément une œuvre de la touche la plus originale et publiquement et ignominieusement, cette fille perdue, entretenue vu sa tenue fait preuve dun repentir bouleversant. Il est à nouveau subjugué. Le jeune homme senfuie du séminaire et rejoint Manon ; elle a emporté largent que lui a donné son riche amant et le Cependant cette résolution ne put sexécuter, car mayant tiré aussitôt en particulier : Je suis, me dit-il, dans le dernier embarras depuis que je ne vous ai vu, et la visite que je vous fais aujourdhui en est une suite G.. M.. Aime votre maîtresse. Il men a fait confidence. Je suis son intime ami, et disposé en tout à le servir ; mais je ne suis pas moins le vôtre. Jai considéré que ses intentions sont injustes et je les ai condamnées. Jaurais gardé son secret sil navait dessein demployer pour plaire, que les voies communes, mais il est bien informé de lhumeur de Manon. Il a su, je ne sais doù, quelle aime labondance et les plaisirs, et comme il jouit déjà dun bien considérable, il ma déclaré quil veut la tenter dabord par un très gros présent et par loffre de dix mille livres de pension. Toutes choses égales, jaurais peut-être eu beaucoup plus de violence à me faire pour le trahir mais la justice sest jointe en votre faveur à lamitié ; dautant plus quayant été la cause imprudente de sa passion, en lintroduisant ici, je suis obligé de prévenir les effets du mal que jai causé. Le cadre de cette rencontre correspond au mode de vie de la noblesse, empreint de ce luxe importé dItalie à la Cour de France dabord par François Ier puis par Catherine de Médicis, épouse dHenri II. Celle-ci a implanté les goûts de la Renaissance italienne à Paris : de nombreux marchands italiens sy sont installés à sa suite, par exemple dans les rues environnant le Louvre, et ils y gagnent une opulence considérable, comme le joaillier : Sa maison paraissait plutôt celle dun grand seigneur que dun marchand. Comme je la connaissais de cette humeur, je me hâtai le lendemain daller à Paris. La mort de son frère et la nécessité davoir du linge et des habits pour elle et pour moi étaient de si bonnes raisons que je neus pas besoin de prétextes. Je sortis de lauberge, avec le dessein, dis-je à Manon et à mon hôte, de prendre un carrosse de louage ; mais cétait une gasconnade. La nécessité mobligeant daller à pied, je marchai fort vite jusquau Cours-la-Reine, où javais dessein de marrêter. Il fallait bien prendre un moment de solitude et de tranquillité pour marranger et prévoir ce que jallais faire à Paris. Filtre avec précaution, en sourdine, gardant la réserve de force, mais manon lescaut rencontre et separation manon lescaut rencontre et separation Conformément à la loi n 78-17 du 6 janvier 1978 relative à linformatique, aux fichiers et aux libertés, peut avoir, comme ce fut quelquefois le cas pour Massenet, sa part de 3.2 A la fois style parlé le narrateur sadresse à lhomme de qualité mais tous les discours sont au style indirect, comme amortis par le récit. Quand on les passe au style direct on remarque une étonnante vivacité. Tout se joue en quelques minutes, le temps de la lecture du texte! Alors même que le récit vient dinsister sur lavenir promis à une femme, aimer son mari et en être aimée, il senchaîne sur lobjectif de ce séjour de Mlle de Chartres à la Cour, puisque dans sa seizième année elle est en âge de se marier. Mais la présentation montre à quel point lamour ne joue aucun rôle dans le choix dun mari. Je lavais prié de se trouver au jardin du Palais-Royal. Il y était avant moi. Il vint membrasser, aussitôt quil meut aperçu. Il me tint serré longtemps entre ses bras, et je sentis mon visage mouillé de ses larmes. Je lui dis que je ne me présentais à lui quavec confusion, et que je portais dans le coeur un vif sentiment de mon ingratitude ; que la première chose dont je le conjurais était de mapprendre sil métait encore permis de le regarder comme mon ami, après avoir mérité si justement de perdre son estime et son affection. Il me répondit, du ton le plus tendre, que rien nétait capable de le faire renoncer à cette qualité ; que mes malheurs mêmes, et si je lui permettais de le dire, mes fautes et mes désordres, avaient redoublé sa tendresse pour moi ; mais que cétait une tendresse mêlée de la plus vive douleur, telle quon la sent pour une personne chère, quon voit toucher à sa perte sans pouvoir la secourir. Le résultat de ma méditation fut de me persuader que javais été aperçu dans les rues de Paris par quelques personnes de connaissance qui en avaient donné avis à mon père. Cette pensée me consola. Je comptais en être quitte pour des reproches, ou pour quelques mauvais traitements quil me faudrait essuyer de lautorité paternelle. Je résolus de les souffrir avec patience, et de promettre tout ce quon exigerait de moi, pour me faciliter loccasion de retourner plus promptement à Paris, et daller rendre la vie et la joie à ma chère Manon. manon lescaut rencontre et separation Bien que DG nentere pas Manon en terre chrétienne, son enterement est sacralisé : DG ne survit que pour proteger que le corp de Manon des bêtes sauvages et il veut même empecher le sable de la toucher tellement il vénère son corp pour cela, il se dépouille de ses vetements comme si une partie de lui-même restait ensevelis avec Manon; le fait quil casse son épée pour creuser le sable à une signification encore plus symbolique, il renonce à son statut de noble, il aura vraiement tout sacrifié à Manon On peut sétoner que DG reste plus de 24h et même 2 jours dans la première version sur le cadavre de Manon. Cette scène macabre cherche à montrer lamour absolu du chevalier et son carractère presque religieux. Il accomplit aussi au desert une purification symbolique son jeune rappelle celui du christ. La mort de Manon représente à la fois le comble de la passion amoureuse idéalisée de manière pathétique et la fin définitive de cette passion ensuite cest Symmelet et non DG qui soccupe de lenterrement religieux tandis que DG se tourne vers dieux et soccupe de sa propre rédemption.