{"id":11786,"date":"2020-10-17T21:06:13","date_gmt":"2020-10-17T21:06:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/?p=11786"},"modified":"2020-10-05T12:55:43","modified_gmt":"2020-10-05T12:55:43","slug":"texte-rencontre-petit-prince-renard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/2020\/10\/17\/texte-rencontre-petit-prince-renard\/","title":{"rendered":"Texte Rencontre Petit Prince Renard"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.antoinedesaintexupery.com\/sites\/default\/files\/styles\/medium\/public\/anglais_plaquette_72ppp.jpg\" alt=\"texte rencontre petit prince renard\" align=\"center\"> donnais en valait la peine. Vous vous demanderez peut-\u00eatre: Il avait rican\u00e9, elle avait ri. Fin de la conversation. 7 D\u00e9couvrir le prix du bonheur, comment Saint-Exup\u00e9ry con\u00e7oit-il cette conqu\u00eate? Le Bonheur des uns fait le bonheur des autres: Performance et bienveillance.. By Thierry Delperdange  On ne conna\u00eet que les choses que lon apprivoise, dit le renard. Les hommes nont plus le temps de rien conna\u00eetre. Ils ach\u00e8tent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il nexiste point de marchands damis, les hommes nont plus damis. I Lorsque javais six ans jai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la for\u00eat vierge qui sappelait Histoires v\u00e9cues. \u00c7a repr\u00e9sentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voil\u00e0 la copie du dessin. On disait dans le livre : Les serpents boas avalent leur proie tout enti\u00e8re, sans la m\u00e2cher. Ensuite ils ne peuvent plus bouger et ils dorment pendant les six mois de leur digestion. Jai alors beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi sur les aventures de la jungle et, \u00e0 mon tour, jai r\u00e9ussi, avec un crayon de couleur, \u00e0 tracer mon premier dessin. Mon dessin num\u00e9ro 1. Il \u00e9tait comme \u00e7a : Jai montr\u00e9 mon chef-d\u0153uvre aux grandes personnes et je leur ai demand\u00e9 si mon dessin leur faisait peur. Elles mont r\u00e9pondu : Pourquoi un chapeau ferait-il peur? Mon dessin ne repr\u00e9sentait pas un chapeau. Il repr\u00e9sentait un serpent boa qui dig\u00e9rait un \u00e9l\u00e9phant. Jai alors dessin\u00e9 lint\u00e9rieur du serpent boa, afin que les grandes personnes puissent comprendre. Elles ont toujours besoin dexplications. Mon dessin num\u00e9ro 2 \u00e9tait comme \u00e7a : Les grandes personnes mont conseill\u00e9 de laisser de c\u00f4t\u00e9 les dessins de serpents boas ouverts ou ferm\u00e9s, et de mint\u00e9resser plut\u00f4t \u00e0 la g\u00e9ographie, \u00e0 lhistoire, au calcul et \u00e0 la grammaire. Cest ainsi que jai abandonn\u00e9, \u00e0 l\u00e2ge de six ans, une magnifique carri\u00e8re de peintre. Javais \u00e9t\u00e9 d\u00e9courag\u00e9 par linsucc\u00e8s de mon dessin num\u00e9ro 1 et de mon dessin num\u00e9ro 2. Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et cest fatigant, pour les enfants, de toujours leur donner des explications Jai donc d\u00fb choisir un autre m\u00e9tier et jai appris \u00e0 piloter des avions. Jai vol\u00e9 un peu partout dans le monde. Et la g\u00e9ographie, cest exact, ma beaucoup servi. Je savais reconna\u00eetre, du premier coup d\u0153il, la Chine de lArizona. Cest utile, si lon sest \u00e9gar\u00e9 pendant la nuit. Jai ainsi eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas de gens s\u00e9rieux. Jai beaucoup v\u00e9cu chez les grandes personnes. Je les ai vues de tr\u00e8s pr\u00e8s. \u00c7a na pas trop am\u00e9lior\u00e9 mon opinion. Quand jen rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je faisais lexp\u00e9rience sur elle de mon dessin n1 que jai toujours conserv\u00e9. Je voulais savoir si elle \u00e9tait vraiment compr\u00e9hensive. Mais toujours elle me r\u00e9pondait : Cest un chapeau. Alors je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de for\u00eats vierges, ni d\u00e9toiles. Je me mettais \u00e0 sa port\u00e9e. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de cravates. Et la grande personne \u00e9tait bien contente de conna\u00eetre un homme aussi raisonnable II Jai ainsi v\u00e9cu seul, sans personne avec qui parler v\u00e9ritablement, jusqu\u00e0 une panne dans le d\u00e9sert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s\u00e9tait cass\u00e9 dans mon moteur. Et comme je navais avec moi ni m\u00e9canicien, ni passagers, je me pr\u00e9parai \u00e0 essayer de r\u00e9ussir, tout seul, une r\u00e9paration difficile. C\u00e9tait pour moi une question de vie ou de mort. Javais \u00e0 peine de leau \u00e0 boire pour huit jours. Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable \u00e0 mille milles de toute terre habit\u00e9e. J\u00e9tais bien plus isol\u00e9 quun naufrag\u00e9 sur un radeau au milieu de loc\u00e9an. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une dr\u00f4le de petite voix ma r\u00e9veill\u00e9. Elle disait : Sil vous pla\u00eet dessine-moi un mouton! Hein! Dessine-moi un mouton Jai saut\u00e9 sur mes pieds comme si javais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la foudre. Jai bien frott\u00e9 mes yeux. Jai bien regard\u00e9. Et jai vu un petit bonhomme tout \u00e0 fait extraordinaire qui me consid\u00e9rait gravement. Voil\u00e0 le meilleur portrait que, plus tard, jai r\u00e9ussi \u00e0 faire de lui. Mais mon dessin, bien s\u00fbr, est beaucoup moins ravissant que le mod\u00e8le. Ce nest pas de ma faute. Javais \u00e9t\u00e9 d\u00e9courag\u00e9 dans ma carri\u00e8re de peintre par les grandes personnes, \u00e0 l\u00e2ge de six ans, et je navais rien appris \u00e0 dessiner, sauf les boas ferm\u00e9s et les boas ouverts. Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d\u00e9tonnement. Noubliez pas que je me trouvais \u00e0 mille milles de toute r\u00e9gion habit\u00e9e. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni \u00e9gar\u00e9, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il navait en rien lapparence dun enfant perdu au milieu du d\u00e9sert, \u00e0 mille milles de toute r\u00e9gion habit\u00e9e. Quand je r\u00e9ussis enfin \u00e0 parler, je lui dis : Mais quest-ce que tu fais l\u00e0? Et il me r\u00e9p\u00e9ta alors, tout doucement, comme une chose tr\u00e8s s\u00e9rieuse : Sil vous pla\u00eet dessine-moi un mouton Quand le myst\u00e8re est trop impressionnant, on nose pas d\u00e9sob\u00e9ir. Aussi absurde que cela me sembl\u00e2t \u00e0 mille milles de tous les endroits habit\u00e9s et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que javais surtout \u00e9tudi\u00e9 la g\u00e9ographie, lhistoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme avec un peu de mauvaise humeur que je ne savais pas dessiner. Il me r\u00e9pondit : \u00c7a ne fait rien. Dessine-moi un mouton. Comme je navais jamais dessin\u00e9 un mouton je refis, pour lui, lun des deux seuls dessins dont j\u00e9tais capable. Celui du boa ferm\u00e9. Et je fus stup\u00e9fait dentendre le petit bonhomme me r\u00e9pondre : Non! Non! Je ne veux pas dun \u00e9l\u00e9phant dans un boa. Un boa cest tr\u00e8s dangereux, et un \u00e9l\u00e9phant cest tr\u00e8s encombrant. Chez moi cest tout petit. Jai besoin dun mouton. Dessine-moi un mouton. Alors jai dessin\u00e9. Il regarda attentivement, puis : Non! Celui-l\u00e0 est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s malade. Fais-en un autre. Je dessinai : Mon ami sourit gentiment, avec indulgence : Tu vois bien ce nest pas un mouton, cest un b\u00e9lier. Il a des cornes Je refis donc encore mon dessin : Mais il fut refus\u00e9, comme les pr\u00e9c\u00e9dents : Celui-l\u00e0 est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps. Alors, faute de patience, comme javais h\u00e2te de commencer le d\u00e9montage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci : Et je lan\u00e7ai : \u00c7a cest la caisse. Le mouton que tu veux est dedans. Mais je fus bien surpris de voir silluminer le visage de mon jeune juge : Cest tout \u00e0 fait comme \u00e7a que je le voulais! Crois-tu quil faille beaucoup dherbe \u00e0 ce mouton? Pourquoi? Parce que chez moi cest tout petit \u00c7a suffira s\u00fbrement. Je tai donn\u00e9 un tout petit mouton. Il pencha la t\u00eate vers le dessin : Pas si petit que \u00e7a Tiens! Il sest endormi Et cest ainsi que je fis la connaissance du petit prince. III Il me fallut longtemps pour comprendre do\u00f9 il venait. Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes. Ce sont des mots prononc\u00e9s par hasard qui, peu \u00e0 peu, mont tout r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Ainsi, quand il aper\u00e7ut pour la premi\u00e8re fois mon avion je ne dessinerai pas mon avion, cest un dessin beaucoup trop compliqu\u00e9 pour moi il me demanda : Quest ce que cest que cette chose-l\u00e0? Ce nest pas une chose. \u00c7a vole. Cest un avion. Cest mon avion. Et j\u00e9tais fier de lui apprendre que je volais. Alors il s\u00e9cria : Comment! tu es tomb\u00e9 du ciel! Oui, fis-je modestement. Ah! \u00e7a cest dr\u00f4le Et le petit prince eut un tr\u00e8s joli \u00e9clat de rire qui mirrita beaucoup. Je d\u00e9sire que lon prenne mes malheurs au s\u00e9rieux. Puis il ajouta : Alors, toi aussi tu viens du ciel! De quelle plan\u00e8te es-tu? Jentrevis aussit\u00f4t une lueur, dans le myst\u00e8re de sa pr\u00e9sence, et jinterrogeai brusquement : Tu viens donc dune autre plan\u00e8te? Mais il ne me r\u00e9pondit pas. Il hochait la t\u00eate doucement tout en regardant mon avion : Cest vrai que, l\u00e0-dessus, tu ne peux pas venir de bien loin Et il senfon\u00e7a dans une r\u00eaverie qui dura longtemps. Puis, sortant mon mouton de sa poche, il se plongea dans la contemplation de son tr\u00e9sor. Vous imaginez combien javais pu \u00eatre intrigu\u00e9 par cette demi-confidence sur les autres plan\u00e8tes. Je meffor\u00e7ai donc den savoir plus long : Do\u00f9 viens-tu mon petit bonhomme? O\u00f9 est-ce chez toi? O\u00f9 veux-tu emporter mon mouton? Il me r\u00e9pondit apr\u00e8s un silence m\u00e9ditatif : Ce qui est bien, avec la caisse que tu mas donn\u00e9e, cest que, la nuit, \u00e7a lui servira de maison. Bien s\u00fbr. Et si tu es gentil, je te donnerai aussi une corde pour lattacher pendant le jour. Et un piquet. La proposition parut choquer le petit prince : Lattacher? Quelle dr\u00f4le did\u00e9e! Mais si tu ne lattaches pas, il ira nimporte o\u00f9, et il se perdra Et mon ami eut un nouvel \u00e9clat de rire : Mais o\u00f9 veux-tu quil aille! Nimporte o\u00f9. Droit devant lui Alors le petit prince remarqua gravement : \u00c7a ne fait rien, cest tellement petit, chez moi! Et, avec un peu de m\u00e9lancolie, peut-\u00eatre, il ajouta : Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin IV Javais ainsi appris une seconde chose tr\u00e8s importante : cest que sa plan\u00e8te dorigine \u00e9tait \u00e0 peine plus grande quune maison! \u00c7a ne pouvait pas m\u00e9tonner beaucoup. Je savais bien quen dehors des grosses plan\u00e8tes comme la Terre, Jupiter, Mars, V\u00e9nus, auxquelles on a donn\u00e9 des noms, il y en a des centaines dautres qui sont quelquefois si petites quon a beaucoup de mal \u00e0 les apercevoir au t\u00e9l\u00e9scope. Quand un astronome d\u00e9couvre lune delles, il lui donne pour nom un num\u00e9ro. Il lappelle par exemple : last\u00e9ro\u00efde 325. Jai de s\u00e9rieuses raisons de croire que la plan\u00e8te do\u00f9 venait le petit prince est last\u00e9ro\u00efde B 612. Cet ast\u00e9ro\u00efde na \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u quune fois au t\u00e9lescope, en 1909, par un astronome turc. Il avait fait alors une grande d\u00e9monstration de sa d\u00e9couverte \u00e0 un congr\u00e8s International dastronomie. Mais personne ne lavait cru \u00e0 cause de son costume. Les grandes personnes sont comme \u00e7a. Heureusement pour la r\u00e9putation de last\u00e9ro\u00efde B 612, un dictateur turc imposa \u00e0 son peuple, sous peine de mort, de shabiller \u00e0 leurop\u00e9enne. Lastronome refit sa d\u00e9monstration en 1920, dans un habit tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. Si je vous ai racont\u00e9 ces d\u00e9tails sur last\u00e9ro\u00efde B 612 et si je vous ai confi\u00e9 son num\u00e9ro, cest \u00e0 cause des grandes personnes. Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez dun nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur lessentiel. Elles ne vous disent jamais : Quel est le son de sa voix? Quels sont les jeux quil pr\u00e9f\u00e8re? Est-ce quil collectionne les papillons? Elles vous demandent : Quel \u00e2ge a-t-il? Combien a-t-il de fr\u00e8res? Combien p\u00e8se-t-il? Combien gagne son p\u00e8re? Alors seulement elles croient le conna\u00eetre. Si vous dites aux grandes personnes : Jai vu une belle maison en briques roses, avec des g\u00e9raniums aux fen\u00eatres et des colombes sur le toit elles ne parviennent pas \u00e0 simaginer cette maison. Il faut leur dire : Jai vu une maison de cent mille francs. Alors elles s\u00e9crient : Comme cest joli! Ainsi, si vous leur dites : La preuve que le petit prince a exist\u00e9 cest quil \u00e9tait ravissant, quil riait, et quil voulait un mouton. Quand on veut un mouton, cest la preuve quon existe, elles hausseront les \u00e9paules et vous traiteront denfant! Mais si vous leur dites : La plan\u00e8te do\u00f9 il venait est last\u00e9ro\u00efde B 612 alors elles seront convaincues, et elles vous laisseront tranquille avec leurs questions. Elles sont comme \u00e7a. Il ne faut pas leur en vouloir. Les enfants doivent \u00eatre tr\u00e8s indulgents envers les grandes personnes. Mais, bien s\u00fbr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des num\u00e9ros! Jaurais aim\u00e9 commencer cette histoire \u00e0 la fa\u00e7on des contes de f\u00e9es. Jaurais aim\u00e9 dire : Il \u00e9tait une fois un petit prince qui habitait une plan\u00e8te \u00e0 peine plus grande que lui, et qui avait besoin dun ami Pour ceux qui comprennent la vie, \u00e7a aurait eu lair beaucoup plus vrai. Car je naime pas quon lise mon livre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. J\u00e9prouve tant de chagrin \u00e0 raconter ces souvenirs. Il y a six ans d\u00e9j\u00e0 que mon ami sen est all\u00e9 avec son mouton. Si jessaie ici de le d\u00e9crire, cest afin de ne pas loublier. Cest triste doublier un ami. Tout le monde na pas eu un ami. Et je puis devenir comme les grandes personnes qui ne sint\u00e9ressent plus quaux chiffres. Cest donc pour \u00e7a encore que jai achet\u00e9 une bo\u00eete de couleurs et des crayons. Cest dur de se remettre au dessin, \u00e0 mon \u00e2ge, quand on na jamais fait dautres tentatives que celle dun boa ferm\u00e9 et celle dun boa ouvert, \u00e0 l\u00e2ge de six ans! Jessaierai, bien s\u00fbr, de faire des portraits le plus ressemblants possible. Mais je ne suis pas tout \u00e0 fait certain de r\u00e9ussir. Un dessin va, et lautre ne ressemble plus. Je me trompe un peu aussi sur la taille. Ici le petit prince est trop grand. L\u00e0 il est trop petit. Jh\u00e9site aussi sur la couleur de son costume. Alors je t\u00e2tonne comme ci et comme \u00e7a, tant bien que mal. Je me tromperai enfin sur certains d\u00e9tails plus importants. Mais \u00e7a, il faudra me le pardonner. Mon ami ne donnait jamais dexplications. Il me croyait peut-\u00eatre semblable \u00e0 lui. Mais moi, malheureusement, je ne sais pas voir les moutons \u00e0 travers les caisses. Je suis peut-\u00eatre un peu comme les grandes personnes. Jai d\u00fb vieillir. V Chaque jour japprennais quelque chose sur la plan\u00e8te, sur le d\u00e9part, sur le voyage. \u00c7a venait tout doucement, au hasard des r\u00e9flexions. Cest ainsi que, le troisi\u00e8me jour, je connus le drame des baobabs. Cette fois-ci encore ce fut gr\u00e2ce au mouton, car brusquement le petit prince minterrogea, comme pris dun doute grave : Cest bien vrai, nest-ce pas, que les moutons mangent les arbustes? Oui. Cest vrai. Ah! Je suis content! Je ne compris pas pourquoi il \u00e9tait si important que les moutons mangeassent les arbustes. Mais le petit prince ajouta : Par cons\u00e9quent ils mangent aussi les baobabs? Je fis remarquer au petit prince que les baobabs ne sont pas des arbustes, mais des arbres grands comme des \u00e9glises et que, si m\u00eame il emportait avec lui tout un troupeau d\u00e9l\u00e9phants, ce troupeau ne viendrait pas \u00e0 bout dun seul baobab. Lid\u00e9e du troupeau d\u00e9l\u00e9phants fit rire le petit prince : Il faudrait les mettre les uns sur les autres Mais il remarqua avec sagesse : Les baobabs, avant de grandir, \u00e7a commence par \u00eatre petit. Cest exact! Mais pourquoi veux-tu que tes moutons mangent les petits baobabs? Il me r\u00e9pondit : Ben! Voyons! comme il sagissait l\u00e0 dune \u00e9vidence. Et il me fallut un grand effort dintelligence pour comprendre \u00e0 moi seul ce probl\u00e8me. Et en effet, sur la plan\u00e8te du petit prince, il y avait comme sur toutes les plan\u00e8tes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par cons\u00e9quent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu\u00e0 ce quil prenne fantaisie \u00e0 lune delles de se r\u00e9veiller. Alors elle s\u00e9tire, et pousse dabord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille inoffensive. Sil sagit dune brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle veut. Mais sil sagit dune mauvaise plante, il faut arracher la plante aussit\u00f4t, d\u00e8s quon a su la reconna\u00eetre. Or il y avait des graines terribles sur la plan\u00e8te du petit prince c\u00e9taient les graines de baobabs. Le sol de la plan\u00e8te en \u00e9tait infest\u00e9. Or un baobab, si lon sy prend trop tard, on ne peut jamais plus sen d\u00e9barrasser. Il encombre toute la plan\u00e8te. Il la perfore de ses racines. Et si la plan\u00e8te est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font \u00e9clater. Cest une question de discipline, me disait plus tard le petit prince. Quand on a termin\u00e9 sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la plan\u00e8te. Il faut sastreindre r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 arracher les baobabs d\u00e8s quon les distingue davec les rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont tr\u00e8s jeunes. Cest un travail tr\u00e8s ennuyeux, mais tr\u00e8s facile. Et un jour il me conseilla de mappliquer \u00e0 r\u00e9ussir un beau dessin, pour bien faire entrer \u00e7a dans la t\u00eate des enfants de chez moi. Sils voyagent un jour, me disait-il, \u00e7a pourra leur servir. Il est quelquefois sans inconv\u00e9nient de remettre \u00e0 plus tard son travail. Mais, sil sagit des baobabs, cest toujours une catastrophe. Jai connu une plan\u00e8te, habit\u00e9e par un paresseux. Il avait n\u00e9glig\u00e9 trois arbustes Et, sur les indications du petit prince, jai dessin\u00e9 cette plan\u00e8te-l\u00e0. Je naime gu\u00e8re prendre le ton dun moraliste. Mais le danger des baobabs est si peu connu, et les risques courus par celui qui s\u00e9garerait dans un ast\u00e9ro\u00efde sont si consid\u00e9rables, que, pour une fois, je fais exception \u00e0 ma r\u00e9serve. Je dis : Enfants! Faites attention aux baobabs! Cest pour avertir mes amis du danger quils fr\u00f4laient depuis longtemps, comme moi-m\u00eame, sans le conna\u00eetre, que jai tant travaill\u00e9 ce dessin-l\u00e0. La le\u00e7on que je donnais en valait la peine. Vous vous demanderez peut-\u00eatre : Pourquoi ny a-t-il pas dans ce livre, dautres dessins aussi grandioses que le dessin des baobabs? La r\u00e9ponse est bien simple : Jai essay\u00e9 mais je nai pas pu r\u00e9ussir. Quand jai dessin\u00e9 les baobabs jai \u00e9t\u00e9 anim\u00e9 par le sentiment de lurgence. VI Ah! petit prince, jai compris, peu \u00e0 peu, ainsi, ta petite vie m\u00e9lancolique. Tu navais eu longtemps pour distraction que la douceur des couchers de soleil. Jai appris ce d\u00e9tail nouveau, le quatri\u00e8me jour au matin, quand tu mas dit : Jaime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil Mais il faut attendre Attendre quoi? Attendre que le soleil se couche. Tu as eu lair tr\u00e8s surpris dabord, et puis tu as ri de toi-m\u00eame. Et tu mas dit : Je me crois toujours chez moi! En effet. Quand il est midi aux \u00c9tats-Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au coucher du soleil. Malheureusement la France est bien trop \u00e9loign\u00e9e. Mais, sur ta si petite plan\u00e8te, il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le cr\u00e9puscule chaque fois que tu le d\u00e9sirais Un jour, jai vu le soleil se coucher quarante-quatre fois! Et un peu plus tard tu ajoutais : Tu sais quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil Le jour des quarante-quatre fois tu \u00e9tais donc tellement triste? Mais le petit prince ne r\u00e9pondit pas. VII Le cinqui\u00e8me jour, toujours gr\u00e2ce au mouton, ce secret de la vie du petit prince me fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Il me demanda avec brusquerie, sans pr\u00e9ambule, comme le fruit dun probl\u00e8me longtemps m\u00e9dit\u00e9 en silence : Un mouton, sil mange les arbustes, il mange aussi les fleurs? Un mouton mange tout ce quil rencontre. M\u00eame les fleurs qui ont des \u00e9pines? Oui. M\u00eame les fleurs qui ont des \u00e9pines. Alors les \u00e9pines, \u00e0 quoi servent-elles? Je ne le savais pas. J\u00e9tais alors tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 essayer de d\u00e9visser un boulon trop serr\u00e9 de mon moteur. J\u00e9tais tr\u00e8s soucieux car ma panne commen\u00e7ait de mappara\u00eetre comme tr\u00e8s grave, et leau \u00e0 boire qui s\u00e9puisait me faisait craindre le pire. Les \u00e9pines, \u00e0 quoi servent-elles? Le petit prince ne renon\u00e7ait jamais \u00e0 une question, une fois quil lavait pos\u00e9e. J\u00e9tais irrit\u00e9 par mon boulon et je r\u00e9pondis nimporte quoi : Les \u00e9pines, \u00e7a ne sert \u00e0 rien, cest de la pure m\u00e9chancet\u00e9 de la part des fleurs! Oh! Mais apr\u00e8s un silence il me lan\u00e7a, avec une sorte de rancune : Je ne te crois pas! Les fleurs sont faibles. Elles sont na\u00efves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs \u00e9pines Je ne r\u00e9pondis rien. \u00c0 cet instant-l\u00e0 je me disais : Si ce boulon r\u00e9siste encore, je le ferai sauter dun coup de marteau. Le petit prince d\u00e9rangea de nouveau mes r\u00e9flexions : Et tu crois, toi, que les fleurs Mais non! Mais non! Je ne crois rien! Jai r\u00e9pondu nimporte quoi. Je moccupe, moi, de choses s\u00e9rieuses! Il me regarda stup\u00e9fait. De choses s\u00e9rieuses! Il me voyait, mon marteau \u00e0 la main, et les doigts noirs de cambouis, pench\u00e9 sur un objet qui lui semblait tr\u00e8s laid. Tu parles comme les grandes personnes! \u00c7a me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta : Tu confonds tout tu m\u00e9langes tout! Il \u00e9tait vraiment tr\u00e8s irrit\u00e9. Il secouait au vent des cheveux tout dor\u00e9s : Je connais une plan\u00e8te o\u00f9 il y a un monsieur cramoisi. Il na jamais respir\u00e9 une fleur. Il na jamais regard\u00e9 une \u00e9toile. Il na jamais aim\u00e9 personne. Il na jamais rien fait dautre que des additions. Et toute la journ\u00e9e il r\u00e9p\u00e8te comme toi : Je suis un homme s\u00e9rieux! Je suis un homme s\u00e9rieux! et \u00e7a le fait gonfler dorgueil. Mais ce nest pas un homme, cest un champignon! Un quoi? Un champignon! Le petit prince \u00e9tait maintenant tout p\u00e2le de col\u00e8re. Il y a des millions dann\u00e9es que les fleurs fabriquent des \u00e9pines. Il y a des millions dann\u00e9es que les moutons mangent quand m\u00eame les fleurs. Et ce nest pas s\u00e9rieux de chercher \u00e0 comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des \u00e9pines qui ne servent jamais \u00e0 rien? Ce nest pas important la guerre des moutons et des fleurs? Ce nest pas s\u00e9rieux et plus important que les additions dun gros monsieur rouge? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui nexiste nulle part, sauf dans ma plan\u00e8te, et quun petit mouton peut an\u00e9antir dun seul coup, comme \u00e7a, un matin, sans se rendre compte de ce quil fait, ce nest pas important \u00e7a! Il rougit, puis reprit : Si quelquun aime une fleur qui nexiste qu\u00e0 un exemplaire dans les millions et les millions d\u00e9toiles, \u00e7a suffit pour quil soit heureux quand il les regarde. Il se dit : Ma fleur est l\u00e0 quelque part Mais si le mouton mange la fleur, cest pour lui comme si, brusquement, toutes les \u00e9toiles s\u00e9teignaient! Et ce nest pas important \u00e7a! Il ne put rien dire de plus. Il \u00e9clata brusquement en sanglots. La nuit \u00e9tait tomb\u00e9e. Javais l\u00e2ch\u00e9 mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait sur une \u00e9toile, une plan\u00e8te, la mienne, la Terre, un petit prince \u00e0 consoler! Je le pris dans les bras. Je le ber\u00e7ai. Je lui disais : La fleur que tu aimes nest pas en danger Je lui dessinerai une museli\u00e8re, \u00e0 ton mouton Je te dessinerai une armure pour ta fleur Je Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais tr\u00e8s maladroit. Je ne savais comment latteindre, o\u00f9 le rejoindre Cest tellement myst\u00e9rieux, le pays des larmes! VIII Jappris bien vite \u00e0 mieux conna\u00eetre cette fleur. Il y avait toujours eu, sur la plan\u00e8te du petit prince, des fleurs tr\u00e8s simples, orn\u00e9es dun seul rang de p\u00e9tales, et qui ne tenaient point de place, et qui ne d\u00e9rangeaient personne. Elles apparaissaient un matin dans lherbe, et puis elles s\u00e9teignaient le soir. Mais celle-l\u00e0 avait germ\u00e9 un jour, dune graine apport\u00e9e don ne sait o\u00f9, et le petit prince avait surveill\u00e9 de tr\u00e8s pr\u00e8s cette brindille qui ne ressemblait pas aux autres brindilles. \u00c7a pouvait \u00eatre un nouveau genre de baobab. Mais larbuste cessa vite de cro\u00eetre, et commen\u00e7a de pr\u00e9parer une fleur. Le petit prince, qui assistait \u00e0 linstallation dun bouton \u00e9norme, sentait bien quil en sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur nen finissait pas de se pr\u00e9parer \u00e0 \u00eatre belle, \u00e0 labri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle shabillait lentement, elle ajustait un \u00e0 un ses p\u00e9tales. Elle ne voulait pas sortir toute frip\u00e9e comme les coquelicots. Elle ne voulait appara\u00eetre que dans le plein rayonnement de sa beaut\u00e9. Eh! oui. Elle \u00e9tait tr\u00e8s coquette! Sa toilette myst\u00e9rieuse avait donc dur\u00e9 des jours et des jours. Et puis voici quun matin, justement \u00e0 lheure du lever du soleil, elle s\u00e9tait montr\u00e9e. Et elle, qui avait travaill\u00e9 avec tant de pr\u00e9cision, dit en b\u00e2illant : Ah! Je me r\u00e9veille \u00e0 peine Je vous demande pardon Je suis encore toute d\u00e9coiff\u00e9e Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration : Que vous \u00eates belle! Nest-ce pas, r\u00e9pondit doucement la fleur. Et je suis n\u00e9e en m\u00eame temps que le soleil Le petit prince devina bien quelle n\u00e9tait pas trop modeste, mais elle \u00e9tait si \u00e9mouvante! Cest lheure, je crois, du petit d\u00e9jeuner, avait-elle bient\u00f4t ajout\u00e9, auriez-vous la bont\u00e9 de penser \u00e0 moi Et le petit prince, tout confus, ayant \u00e9t\u00e9 chercher un arrosoir deau fra\u00eeche, avait servi la fleur. Ainsi lavait-elle bien vite tourment\u00e9 par sa vanit\u00e9 un peu ombrageuse. Un jour, par exemple, parlant de ses quatre \u00e9pines, elle avait dit au petit prince : Ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes! Il ny a pas de tigres sur ma plan\u00e8te, avait object\u00e9 le petit prince, et puis les tigres ne mangent pas dherbe. Je ne suis pas une herbe, avait doucement r\u00e9pondu la fleur. Pardonnez-moi Je ne crains rien des tigres, mais jai horreur des courants dair. Vous nauriez pas un paravent? Horreur des courants dair ce nest pas de chance, pour une plante, avait remarqu\u00e9 le petit prince. Cette fleur est bien compliqu\u00e9e Le soir vous me mettrez sous un globe. Il fait tr\u00e8s froid chez vous. Cest mal install\u00e9. L\u00e0 do\u00f9 je viens Mais elle s\u00e9tait interrompue. Elle \u00e9tait venue sous forme de graine. Elle navait rien pu conna\u00eetre des autres mondes. Humili\u00e9e de s\u00eatre laiss\u00e9 surprendre \u00e0 pr\u00e9parer un mensonge aussi na\u00eff, elle avait touss\u00e9 deux ou trois fois, pour mettre le petit prince dans son tort : Ce paravent? Jallais le chercher mais vous me parliez! Alors elle avait forc\u00e9 sa toux pour lui infliger quand m\u00eame des remords. Ainsi le petit prince, malgr\u00e9 la bonne volont\u00e9 de son amour, avait vite dout\u00e9 delle. Il avait pris au s\u00e9rieux des mots sans importance, et \u00e9tait devenu tr\u00e8s malheureux. Jaurais d\u00fb ne pas l\u00e9couter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais \u00e9couter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma plan\u00e8te, mais je ne savais pas men r\u00e9jouir. Cette histoire de griffes, qui mavait tellement agac\u00e9, e\u00fbt d\u00fb mattendrir Il me confia encore : Je nai alors rien su comprendre! Jaurais d\u00fb la juger sur les actes et non sur les mots. Elle membaumait et m\u00e9clairait. Je naurais jamais d\u00fb menfuir! Jaurais d\u00fb deviner sa tendresse derri\u00e8re ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires! Mais j\u00e9tais trop jeune pour savoir laimer. IX Je crois quil profita, pour son \u00e9vasion, dune migration doiseaux sauvages. Je crois quil profita, pour son \u00e9vasion, dune migration doiseaux sauvages. Au matin du d\u00e9part il mit sa plan\u00e8te bien en ordre. Il ramona soigneusement ses volcans en activit\u00e9. Il poss\u00e9dait deux volcans en activit\u00e9. Et c\u00e9tait bien commode pour faire chauffer le petit d\u00e9jeuner du matin. Il poss\u00e9dait aussi un volcan \u00e9teint. Mais, comme il disait, On ne sait jamais! Il ramona donc \u00e9galement le volcan \u00e9teint. Sils sont bien ramon\u00e9s, les volcans br\u00fblent doucement et r\u00e9guli\u00e8rement, sans \u00e9ruptions. Les \u00e9ruptions volcaniques sont comme des feux de chemin\u00e9e. \u00c9videmment sur notre terre nous sommes beaucoup trop petits pour ramoner nos volcans. Cest pourquoi ils nous causent des tas dennuis. Le petit prince arracha aussi, avec un peu de m\u00e9lancolie, les derni\u00e8res pousses de baobabs. Il croyait ne plus jamais devoir revenir. Mais tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin-l\u00e0, extr\u00eamement doux. Et, quand il arrosa une derni\u00e8re fois la fleur, et se pr\u00e9para \u00e0 la mettre \u00e0 labri sous son globe, il se d\u00e9couvrit lenvie de pleurer. Adieu, dit-il \u00e0 la fleur. Mais elle ne lui r\u00e9pondit pas. Adieu, r\u00e9p\u00e9ta-t-il. La fleur toussa. Mais ce n\u00e9tait pas \u00e0 cause de son rhume. Jai \u00e9t\u00e9 sotte, lui dit-elle enfin. Je te demande pardon. T\u00e2che d\u00eatre heureux. Il fut surpris par labsence de reproches. Il restait l\u00e0 tout d\u00e9concert\u00e9, le globe en lair. Il ne comprenait pas cette douceur calme. Mais oui, je taime, lui dit la fleur. Tu nen a rien su, par ma faute. Cela na aucune importance. Mais tu as \u00e9t\u00e9 aussi sot que moi. T\u00e2che d\u00eatre heureux Laisse ce globe tranquille. Je nen veux plus. Mais le vent Je ne suis pas si enrhum\u00e9e que \u00e7a Lair frais de la nuit me fera du bien. Je suis une fleur. Mais les b\u00eates Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux conna\u00eetre les papillons. Il para\u00eet que cest tellement beau. Sinon qui me rendra visite? Tu seras loin, toi. Quant aux grosses b\u00eates, je ne crains rien. Jai mes griffes. Et elle montrait na\u00efvement ses quatre \u00e9pines. Puis elle ajouta : Ne tra\u00eene pas comme \u00e7a, cest aga\u00e7ant. Tu as d\u00e9cid\u00e9 de partir. Va t-en. Car elle ne voulait pas quil la v\u00eet pleurer. C\u00e9tait une fleur tellement orgueilleuse X Il se trouvait dans la r\u00e9gion des ast\u00e9ro\u00efdes 325, 326, 327, 328, 329 et 330. Il commen\u00e7a donc par les visiter pour y chercher une occupation et pour sinstruire. Le premier \u00e9tait habit\u00e9 par un roi. Le roi si\u00e9geait, habill\u00e9 de pourpre et dhermine, sur un tr\u00f4ne tr\u00e8s simple et cependant majestueux. Ah! Voil\u00e0 un sujet! s\u00e9cria le roi quand il aper\u00e7ut le petit prince. Et le petit prince se demanda : Comment peut-il me reconna\u00eetre puisquil ne ma encore jamais vu! Il ne savait pas que, pour les rois, le monde est tr\u00e8s simplifi\u00e9. Tous les hommes sont des sujets. Approche-toi que je te voie mieux, lui dit le roi qui \u00e9tait tout fier d\u00eatre enfin roi pour quelquun. Le petit prince chercha des yeux o\u00f9 sasseoir, mais la plan\u00e8te \u00e9tait tout encombr\u00e9e par le magnifique manteau dhermine. Il resta donc debout, et, comme il \u00e9tait fatigu\u00e9, il b\u00e2illa. Il est contraire \u00e0 l\u00e9tiquette de b\u00e2iller en pr\u00e9sence dun roi, lui dit le monarque. Je te linterdis. Je ne peux pas men emp\u00eacher, r\u00e9pondit le petit prince tout confus. Jai fait un long voyage et je nai pas dormi Alors, lui dit le roi, je tordonne de b\u00e2iller. Je nai vu personne b\u00e2iller depuis des ann\u00e9es. Les b\u00e2illements sont pour moi des curiosit\u00e9s. Allons! b\u00e2ille encore. Cest un ordre. \u00c7a mintimide je ne peux plus, fit le petit prince tout rougissant. Hum! Hum! r\u00e9pondit le roi. Alors je je tordonne tant\u00f4t de b\u00e2iller et tant\u00f4t de Il bredouillait un peu et paraissait vex\u00e9. Car le roi tenait essentiellement \u00e0 ce que son autorit\u00e9 f\u00fbt respect\u00e9e. Il ne tol\u00e9rait pas le d\u00e9sob\u00e9issance. C\u00e9tait un monarque absolu. Mais comme il \u00e9tait tr\u00e8s bon, il donnait des ordres raisonnables. Si jordonnais, disait-il couramment, si jordonnais \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral de se changer en oiseau de mer, et si le g\u00e9n\u00e9ral nob\u00e9issait pas, ce ne serait pas la faute du g\u00e9n\u00e9ral. Ce serait ma faute. Puis-je masseoir? senquit timidement le petit prince. Je tordonne de tasseoir, lui r\u00e9pondit le roi, qui ramena majestueusement un pan de son manteau dhermine. Mais le petit prince s\u00e9tonnait. La plan\u00e8te \u00e9tait minuscule. Sur quoi le roi pouvait-il bien r\u00e9gner? Sire, lui dit-il je vous demande pardon de vous interroger Je tordonne de minterroger, se h\u00e2ta de dire le roi. Sire sur quoi r\u00e9gnez-vous? Sur tout, r\u00e9pondit le roi, avec une grande simplicit\u00e9. Sur tout? Le roi dun geste discret d\u00e9signa sa plan\u00e8te, les autres plan\u00e8tes et les \u00e9toiles. Sur tout \u00e7a? dit le petit prince. Sur tout \u00e7a, r\u00e9pondit le roi. Car non seulement c\u00e9tait un monarque absolu mais c\u00e9tait un monarque universel. Et les \u00e9toiles vous ob\u00e9issent? Bien s\u00fbr, lui dit le roi. Elles ob\u00e9issent aussit\u00f4t. Je ne tol\u00e8re pas lindiscipline. Un tel pouvoir \u00e9merveilla le petit prince. Sil lavait d\u00e9tendu lui-m\u00eame, il aurait pu assister, non pas \u00e0 quarante-quatre, mais \u00e0 soixante-douze, ou m\u00eame \u00e0 cent, ou m\u00eame \u00e0 deux cents couchers de soleil dans la m\u00eame journ\u00e9e, sans avoir jamais \u00e0 tirer sa chaise! Et comme il se sentait un peu triste \u00e0 cause du souvenir de sa petite plan\u00e8te abandonn\u00e9e, il senhardit \u00e0 solliciter une gr\u00e2ce du roi : Je voudrais voir un coucher de soleil Faites-moi plaisir Ordonnez au soleil de se coucher Si jordonnais \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral de voler dune fleur \u00e0 lautre \u00e0 la fa\u00e7on dun papillon, ou d\u00e9crire une trag\u00e9die, ou de se changer en oiseau de mer, et si le g\u00e9n\u00e9ral nex\u00e9cutait pas lordre re\u00e7u, qui, de lui ou de moi, serait dans son tort? Ce serait vous, dit fermement le petit prince Exact. Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner, reprit le roi. Lautorit\u00e9 repose dabord sur la raison. Si tu ordonnes \u00e0 ton peuple daller se jeter \u00e0 la mer, il fera la r\u00e9volution. Jai le droit dexiger lob\u00e9issance parce que mes ordres sont raisonnables. Alors mon coucher de soleil? rappela le petit prince qui jamais noubliait une question une fois quil lavait pos\u00e9e. Ton coucher de soleil, tu lauras. Je lexigerai. Mais jattendrai, dans ma science du gouvernement, que les conditions soient favorables. Quand \u00e7a sera-t-il? sinforma le petit prince. Hem! Hem! lui r\u00e9pondit le roi, qui consulta dabord un gros calendrier, hem! hem! ce sera, vers vers ce sera ce soir vers sept heures quarante! Et tu verras comme je suis bien ob\u00e9i. Le petit prince b\u00e2illa. Il regrettait son coucher de soleil manqu\u00e9. Et puis il sennuyait d\u00e9j\u00e0 un peu : Je nai plus rien \u00e0 faire ici, dit-il au roi. Je vais repartir! Ne pars pas, r\u00e9pondit le roi qui \u00e9tait si fier davoir un sujet. Ne pars pas, je te fais ministre! Ministre de quoi? De de la Justice! Mais il ny a personne \u00e0 juger! On ne sait pas, lui dit le roi. Je nai pas fait encore le tour de mon royaume. Je suis tr\u00e8s vieux, je nai pas de place pour un carrosse, et \u00e7a me fatigue de marcher. Oh! Mais jai d\u00e9j\u00e0 vu, dit le petit prince qui se pencha pour jeter encore un coup d\u0153il sur lautre c\u00f4t\u00e9 de la plan\u00e8te. Il ny a personne l\u00e0-bas non plus Tu te jugeras donc toi-m\u00eame, lui r\u00e9pondit le roi. Cest le plus difficile. Il est bien plus difficile de se juger soi-m\u00eame que de juger autrui. Si tu r\u00e9ussis \u00e0 bien te juger, cest que tu es un v\u00e9ritable sage. Moi, dit le petit prince, je puis me juger moi-m\u00eame nimporte o\u00f9. Je nai pas besoin dhabiter ici. Hem! Hem! dit le roi, je crois bien que sur ma plan\u00e8te il y a quelque part un vieux rat. Je lentends la nuit. Tu pourras juger ce vieux rat. Tu le condamneras \u00e0 mort de temps en temps. Ainsi sa vie d\u00e9pendra de ta justice. Mais tu le gracieras chaque fois pour l\u00e9conomiser. Il ny en a quun. Moi, r\u00e9pondit le petit prince, je naime pas condamner \u00e0 mort, et je crois bien que je men vais. Non, dit le roi. Mais le petit prince, ayant achev\u00e9 ses pr\u00e9paratifs, ne voulut point peiner le vieux monarque : Si votre Majest\u00e9 d\u00e9sirait \u00eatre ob\u00e9ie ponctuellement, Elle pourrait me donner un ordre raisonnable. Elle pourrait mordonner, par exemple, de partir avant une minute. Il me semble que les conditions sont favorables Le roi nayant rien r\u00e9pondu, le petit prince h\u00e9sita dabord, puis, avec un soupir, prit le d\u00e9part.. Je te fais mon ambassadeur, se h\u00e2ta alors de crier le roi. Il avait un grand air dautorit\u00e9. Les grandes personnes sont bien \u00e9tranges, se dit le petit prince, en lui m\u00eame, durant son voyage. XI La seconde plan\u00e8te \u00e9tait habit\u00e9e par un vaniteux : Ah! Ah! Voil\u00e0 la visite dun admirateur! s\u00e9cria de loin le vaniteux d\u00e8s quil aper\u00e7ut le petit prince. Car, pour les vaniteux, les autres hommes sont des admirateurs. Bonjour, dit le petit prince. Vous avez un dr\u00f4le de chapeau. Cest pour saluer, lui r\u00e9pondit le vaniteux. Cest pour saluer quand on macclame. Malheureusement il ne passe jamais personne par ici. Ah oui? dit le petit prince qui ne comprit pas. Frappe tes mains lune contre lautre, conseilla donc le vaniteux. Le petit prince frappa ses mains lune contre lautre. Le vaniteux salua modestement en soulevant son chapeau. \u00c7a cest plus amusant que la visite au roi, se dit en lui m\u00eame le petit prince. Et il recommen\u00e7a de frapper ses mains lune contre lautre. Le vaniteux recommen\u00e7a de saluer en soulevant son chapeau. Apr\u00e8s cinq minutes dexercice le petit prince se fatigua de la monotonie du jeu : Et, pour que le chapeau tombe, demanda-t-il, que faut-il faire? Mais le vaniteux ne lentendit pas. Les vaniteux nentendent jamais que les louanges. Est-ce que tu madmires vraiment beaucoup? demanda-t-il au petit prince. Quest-ce que signifie admirer? Admirer signifie reconna\u00eetre que je suis lhomme le plus beau, le mieux habill\u00e9, le plus riche et le plus intelligent de la plan\u00e8te. Mais tu es seul sur ta plan\u00e8te! Fais-moi ce plaisir. Admire-moi quand-m\u00eame! Je tadmire, dit le petit prince, en haussant un peu les \u00e9paules, mais en quoi cela peut-il bien tint\u00e9resser? Et le petit prince sen fut. Les grandes personnes sont d\u00e9cid\u00e9ment bien bizarres, se dit-il simplement en lui-m\u00eame durant son voyage. XII La plan\u00e8te suivante \u00e9tait habit\u00e9e par un buveur. Cette visite fut tr\u00e8s courte, mais elle plongea le petit prince dans une grande m\u00e9lancolie : Que fais-tu l\u00e0? dit-il au buveur, quil trouva install\u00e9 en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines. Je bois, r\u00e9pondit le buveur, dun air lugubre. Pourquoi bois-tu? lui demanda le petit prince. Pour oublier, r\u00e9pondit le buveur. Pour oublier quoi? senquit le petit prince qui d\u00e9j\u00e0 le plaignait. Pour oublier que jai honte, avoua le buveur en baissant la t\u00eate. Honte de quoi? sinforma le petit prince qui d\u00e9sirait le secourir. Honte de boire! acheva le buveur qui senferma d\u00e9finitivement dans le silence. Et le petit prince sen fut, perplexe. Les grandes personnes sont d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s tr\u00e8s bizarres, se disait-il en lui-m\u00eame durant le voyage. XIII La quatri\u00e8me plan\u00e8te \u00e9tait celle du businessman. Cet homme \u00e9tait si occup\u00e9 quil ne leva m\u00eame pas la t\u00eate \u00e0 larriv\u00e9e du petit prince. Bonjour, lui dit celui-ci. Votre cigarette est \u00e9teinte. Trois et deux font cinq. Cinq et sept douze. Douze et trois quinze Bonjour. Quinze et sept vingt-deux. Vingt-deux et six vingt-huit. Pas le temps de la rallumer. Vingt-six et cinq trente et un. Ouf! \u00c7a fait donc cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un. Cinq cents millions de quoi? Hein? Tu es toujours l\u00e0? Cinq cent un million de je ne sais plus Jai tellement de travail! Je suis s\u00e9rieux, moi, je ne mamuse pas \u00e0 des balivernes! Deux et cinq sept Cinq cent un millions de quoi? r\u00e9p\u00e9ta le petit prince qui jamais de sa vie navait renonc\u00e9 \u00e0 une question, une fois quil lavait pos\u00e9e. Le businessman leva la t\u00eate : Depuis cinquante-quatre ans que jhabite cette plan\u00e8te-ci, je nai \u00e9t\u00e9 d\u00e9rang\u00e9 que trois fois. La premi\u00e8re fois \u00e7a \u00e9t\u00e9, il y a vingt-deux ans, par un hanneton qui \u00e9tait tomb\u00e9 Dieu sait do\u00f9. Il r\u00e9pandait un bruit \u00e9pouvantable, et jai fait quatre erreurs dans une addition. La seconde fois \u00e7\u00e0 \u00e9t\u00e9, il y a onze ans, par une crise de rhumatisme. Je manque dexercice. Je nai pas le temps de fl\u00e2ner. Je suis s\u00e9rieux, moi. La troisi\u00e8me fois la voici! Je disais donc cinq cent un millions Millions de quoi? Le businessman comprit quil n\u00e9tait point despoir de paix : Millions de ces petites choses que lon voit quelquefois dans le ciel. Des mouches? Mais non, des petites choses qui brillent. Des abeilles? Mais non. Des petites choses dor\u00e9es qui font r\u00eavasser les fain\u00e9ants. Mais je suis s\u00e9rieux, moi! Je nai pas le temps de r\u00eavasser. Ah! des \u00e9toiles? Cest bien \u00e7a. Des \u00e9toiles. Et que fais-tu de cinq cents millions d\u00e9toiles? Cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un. Je suis s\u00e9rieux, moi, je suis pr\u00e9cis. Et que fais-tu de ces \u00e9toiles? Ce que jen fais? Oui Rien. Je les poss\u00e8de. Tu poss\u00e8des les \u00e9toiles? Oui. Mais jai d\u00e9j\u00e0 vu un roi qui Les rois ne poss\u00e8dent pas. Ils r\u00e8gnent sur. Cest tr\u00e8s diff\u00e9rent. Et \u00e0 quoi cela te sert-il de poss\u00e9der les \u00e9toiles? \u00c7a me sert \u00e0 \u00eatre riche. Et \u00e0 quoi cela te sert-il d\u00eatre riche? \u00c0 acheter dautres \u00e9toiles, si quelquun en trouve. Celui-l\u00e0, se dit en lui-m\u00eame le petit prince, il raisonne un peu comme mon ivrogne. Cependant il posa encore des questions : Comment peut-on poss\u00e9der les \u00e9toiles? \u00c0 qui sont-elles? riposta, grincheux, le businessman. Je ne sais pas. \u00c0 personne. Alors elles sont \u00e0 moi, car jy ai pens\u00e9 le premier. \u00c7a suffit? Bien s\u00fbr. Quand tu trouves un diamant qui nest \u00e0 personne, il est \u00e0 toi. Quand tu trouves une \u00eele qui nest \u00e0 personne, elle est \u00e0 toi. Quand tu as une id\u00e9e le premier, tu la fais breveter : elle est \u00e0 toi. Et moi je poss\u00e8de les \u00e9toiles, puisque jamais personne avant moi na song\u00e9 \u00e0 les poss\u00e9der. \u00c7a cest vrai, dit le petit prince. Et quen fais-tu? Je les g\u00e8re. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. Cest difficile. Mais je suis un homme s\u00e9rieux! Le petit prince n\u00e9tait pas satisfait encore. Moi, si je poss\u00e8de un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et lemporter. Moi, si je poss\u00e8de une fleur, je puis cueillir ma fleur et lemporter. Mais tu ne peux pas cueillir les \u00e9toiles! Non, mais je puis les placer en banque. Quest-ce que \u00e7a veut dire? \u00c7a veut dire que j\u00e9cris sur un petit papier le nombre de mes \u00e9toiles. Et puis jenferme \u00e0 clef ce papier-l\u00e0 dans un tiroir. Et cest tout? \u00c7a suffit! Cest amusant, pensa le petit prince. Cest assez po\u00e9tique. Mais ce nest pas tr\u00e8s s\u00e9rieux. Le petit prince avait sur les choses s\u00e9rieuses des id\u00e9es tr\u00e8s diff\u00e9rentes des id\u00e9es des grandes personnes. Moi, dit-il encore, je poss\u00e8de une fleur que jarrose tous les jours. Je poss\u00e8de trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est \u00e9teint. On ne sait jamais. Cest utile \u00e0 mes volcans, et cest utile \u00e0 ma fleur, que je les poss\u00e8de. Mais tu nes pas utile aux \u00e9toiles Le businessman ouvrit la bouche mais ne trouva rien \u00e0 r\u00e9pondre, et le petit prince sen fut. Les grandes personnes sont d\u00e9cid\u00e9ment tout \u00e0 fait extraordinaires, se disait-il simplement en lui-m\u00eame durant le voyage. XIV La cinqui\u00e8me plan\u00e8te \u00e9tait tr\u00e8s curieuse. C\u00e9tait la plus petite de toutes. Il y avait l\u00e0 juste assez de place pour loger un r\u00e9verb\u00e8re et un allumeur de r\u00e9verb\u00e8res. Le petit prince ne parvenait pas \u00e0 sexpliquer \u00e0 quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une plan\u00e8te sans maison ni population, un r\u00e9verb\u00e8re et un allumeur de r\u00e9verb\u00e8res. Cependant il se dit en lui-m\u00eame : Peut-\u00eatre bien que cet homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son r\u00e9verb\u00e8re, cest comme sil faisait na\u00eetre une \u00e9toile de plus, ou une fleur. Quand il \u00e9teint son r\u00e9verb\u00e8re \u00e7a endort la fleur ou l\u00e9toile. Cest une occupation tr\u00e8s jolie. Cest v\u00e9ritablement utile puisque cest joli. Lorsquil aborda la plan\u00e8te il salua respectueusement lallumeur : Bonjour. Pourquoi viens-tu d\u00e9teindre ton r\u00e9verb\u00e8re? Cest la consigne, r\u00e9pondit lallumeur Bonjour. Quest-ce que la consigne? Cest d\u00e9teindre mon r\u00e9verb\u00e8re Bonsoir. Et il le ralluma. Mais pourquoi viens-tu de le rallumer? Cest la consigne, r\u00e9pondit lallumeur. Je ne comprends pas, dit le petit prince. Il ny a rien \u00e0 comprendre, dit lallumeur. La consigne cest la consigne Bonjour. Et il \u00e9teignit son r\u00e9verb\u00e8re. Puis il s\u00e9pongea le front avec un mouchoir \u00e0 carreaux rouges. Je fais l\u00e0 un m\u00e9tier terrible. C\u00e9tait raisonnable autrefois. J\u00e9teignais le matin et jallumais le soir. Javais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir Et, depuis cette \u00e9poque, la consigne \u00e0 chang\u00e9? La consigne na pas chang\u00e9, dit lallumeur. Cest bien l\u00e0 le drame! La plan\u00e8te dann\u00e9e en ann\u00e9e a tourn\u00e9 de plus en plus vite, et la consigne na pas chang\u00e9! Alors? dit le petit prince. Alors maintenant quelle fait un tour par minute, je nai plus un seconde de repos. Jallume et j\u00e9teins une fois par minute! \u00c7a cest dr\u00f4le! les jours chez toi durent une minute! Ce nest pas dr\u00f4le du tout, dit lallumeur. \u00c7a fait d\u00e9j\u00e0 un mois que nous parlons ensemble. Un mois? Oui. Trente minutes. Trente jours! Bonsoir. Et il ralluma son r\u00e9verb\u00e8re. Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui \u00e9tait tellement fid\u00e8le \u00e0 la consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-m\u00eame allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami : Tu sais je connais un moyen de te reposer quand tu voudras Je veux toujours, dit lallumeur. Car on peut \u00eatre, \u00e0 la fois, fid\u00e8le et paresseux. Le petit prince poursuivit : Ta plan\u00e8te est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjamb\u00e9es. Tu nas qu\u00e0 marcher assez lentement pour rester toujours au soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras et le jour durera aussi longtemps que tu voudras. \u00c7a ne mavance pas \u00e0 grand chose, dit lallumeur. Ce que jaime dans la vie, cest dormir. Ce nest pas de chance, dit le petit prince. Ce nest pas de chance, dit lallumeur Bonjour. Et il \u00e9teignit son r\u00e9verb\u00e8re. Celui-l\u00e0, se dit le petit prince, tandis quil poursuivait plus loin son voyage, celui-l\u00e0 serait m\u00e9pris\u00e9 par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant cest le seul qui ne me paraisse pas ridicule. Cest, peut-\u00eatre, parce quil soccupe dautre chose que de soi-m\u00eame. Il eut un soupir de regret et se dit encore : Celui-l\u00e0 est le seul dont jeusse pu faire mon ami. Mais sa plan\u00e8te est vraiment trop petite. Il ny a pas de place pour deux Ce que le petit prince nosait pas savouer, cest quil regrettait cette plan\u00e8te b\u00e9nie \u00e0 cause, surtout, des mille quatre cent quarante couchers de soleil par vingt-quatre heures! XV La sixi\u00e8me plan\u00e8te \u00e9tait une plan\u00e8te dix fois plus vaste. Elle \u00e9tait habit\u00e9e par un vieux Monsieur qui \u00e9crivait d\u00e9normes livres. Tiens! voil\u00e0 un explorateur! s\u00e9cria-t-il, quand il aper\u00e7ut le petit prince. Le petit prince sassit sur la table et souffla un peu. Il avait d\u00e9j\u00e0 tant voyag\u00e9! Do\u00f9 viens-tu? lui dit le vieux Monsieur. Quel est ce gros livre? dit le petit prince. Que faites-vous ici? Je suis g\u00e9ographe, dit le vieux Monsieur. Quest-ce quun g\u00e9ographe? Cest un savant qui conna\u00eet o\u00f9 se trouvent les mers, les fleuves, les villes, les montagnes et les d\u00e9serts. \u00c7a cest bien int\u00e9ressant, dit le petit prince. \u00c7a cest enfin un v\u00e9ritable m\u00e9tier! Et il jeta un coup d\u0153il autour de lui sur la plan\u00e8te du g\u00e9ographe. Il navait jamais vu encore une plan\u00e8te aussi majestueuse. Elle est bien belle, votre plan\u00e8te. Est-ce quil y a des oc\u00e9ans? Je ne puis pas le savoir, dit le g\u00e9ographe. Ah! Le petit prince \u00e9tait d\u00e9\u00e7u. Et des montagnes? Je ne puis pas le savoir, dit le g\u00e9ographe. Et des villes et des fleuves et des d\u00e9serts? Je ne puis pas le savoir non plus, dit le g\u00e9ographe. Mais vous \u00eates g\u00e9ographe! Cest exact, dit le g\u00e9ographe, mais je ne suis pas explorateur. Je manque absolument dexplorateurs. Ce nest pas le g\u00e9ographe qui va faire le compte des villes, des fleuves, des montagnes, des mers, des oc\u00e9ans et des d\u00e9serts. Le g\u00e9ographe est trop important pour fl\u00e2ner. Il ne quitte pas son bureau. Mais il y re\u00e7oit les explorateurs. Il les interroge, et il prend en note leurs souvenirs. Et si les souvenirs de lun dentre eux lui paraissent int\u00e9ressants, le g\u00e9ographe fait faire une enqu\u00eate sur la moralit\u00e9 de lexplorateur. Pourquoi \u00e7a? Parce quun explorateur qui mentirait entra\u00eenerait des catastrophes dans les livres de g\u00e9ographie. Et aussi un explorateur qui boirait trop. Pourquoi \u00e7a? fit le petit prince. Parce que les ivrognes voient double. Alors le g\u00e9ographe noterait deux montagnes, l\u00e0 o\u00f9 il ny en a quune seule. Je connais quelquun, dit le petit prince, qui serait mauvais explorateur. Cest possible. Donc, quand la moralit\u00e9 de lexplorateur para\u00eet bonne, on fait une enqu\u00eate sur sa d\u00e9couverte. On va voir? Non. Cest trop compliqu\u00e9. Mais on exige de lexplorateur quil fournisse des preuves. Sil sagit par exemple de la d\u00e9couverte dune grosse montagne, on exige quil en rapporte de grosses pierres. Le g\u00e9ographe soudain s\u00e9mut. Mais toi, tu viens de loin! Tu es explorateur! Tu vas me d\u00e9crire ta plan\u00e8te! Et le g\u00e9ographe, ayant ouvert son registre, tailla son crayon. On note dabord au crayon les r\u00e9cits des explorateurs. On attend, pour noter \u00e0 lencre, que lexplorateur ait fourni des preuves. Alors? interrogea le g\u00e9ographe. Oh! chez moi, dit le petit prince, ce nest pas tr\u00e8s int\u00e9ressant, cest tout petit. Jai trois volcans. Deux volcans en activit\u00e9, et un volcan \u00e9teint. Mais on ne sait jamais. On ne sait jamais, dit le g\u00e9ographe. Jai aussi une fleur. Nous ne notons pas les fleurs, dit le g\u00e9ographe. Pourquoi \u00e7a! cest le plus joli! Parce que les fleurs sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Quest ce que signifie : \u00e9ph\u00e9m\u00e8re? Les g\u00e9ographies, dit le g\u00e9ographe, sont les livres les plus s\u00e9rieux de tous les livres. Elles ne se d\u00e9modent jamais. Il est tr\u00e8s rare quune montagne change de place. Il est tr\u00e8s rare quun oc\u00e9an se vide de son eau. Nous \u00e9crivons des choses \u00e9ternelles. Mais les volcans \u00e9teints peuvent se r\u00e9veiller, interrompit le petit prince. Quest-ce que signifie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re? Que les volcans soient \u00e9teints ou soient \u00e9veill\u00e9s, \u00e7a revient au m\u00eame pour nous autres, dit le g\u00e9ographe. Ce qui compte pour nous, cest la montagne. Elle ne change pas. Mais quest-ce que signifie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re? r\u00e9p\u00e9ta le petit prince qui, de sa vie, navait renonc\u00e9 \u00e0 une question, une fois quil lavait pos\u00e9e. \u00c7a signifie qui est menac\u00e9 de disparition prochaine. Ma fleur est menac\u00e9e de disparition prochaine? Bien s\u00fbr. Ma fleur est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, se dit le petit prince, et elle na que quatre \u00e9pines pour se d\u00e9fendre contre le monde! Et je lai laiss\u00e9e toute seule chez moi! Ce fut l\u00e0 son premier mouvement de regret. Mais il reprit courage : Que me conseillez-vous daller visiter? demanda-t-il. La plan\u00e8te Terre, lui r\u00e9pondit le g\u00e9ographe. Elle a une bonne r\u00e9putation Et le petit prince sen fut, songeant \u00e0 sa fleur. XVI La septi\u00e8me plan\u00e8te fut donc la Terre. La Terre nest pas une plan\u00e8te quelconque! On y compte cent onze rois en noubliant pas, bien s\u00fbr, les rois n\u00e8gres, sept mille g\u00e9ographes, neuf cent mille businessmen, sept millions et demi divrognes, trois cent onze millions de vaniteux, cest-\u00e0-dire environ deux milliards de grandes personnes. Pour vous donner une id\u00e9e des dimensions de la Terre je vous dirai quavant linvention de l\u00e9lectricit\u00e9 on y devait entretenir, sur lensemble des six continents, une v\u00e9ritable arm\u00e9e de quatre cent soixante-deux mille cinq cent onze allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res. Vu dun peu loin \u00e7a faisait un effet splendide. Les mouvements de cette arm\u00e9e \u00e9taient r\u00e9gl\u00e9s comme ceux dun ballet dop\u00e9ra. Dabord venait le tour des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res de Nouvelle-Z\u00e9lande et dAustralie. Puis ceux-ci, ayant allum\u00e9 leurs lampions, sen allaient dormir. Alors entraient \u00e0 leur tour dans la danse les allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res de Chine et de Sib\u00e9rie. Puis eux aussi sescamotaient dans les coulisses. Alors venait le tour des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res de Russie et des Indes. Puis de ceux dAfrique et dEurope. Puis de ceux dAm\u00e9rique du Sud. Puis de ceux dAm\u00e9rique du Nord. Et jamais ils ne se trompaient dans leur ordre dentr\u00e9e en sc\u00e8ne. C\u00e9tait grandiose. Seuls, lallumeur de lunique r\u00e9verb\u00e8re du p\u00f4le Nord, et son confr\u00e8re de lunique r\u00e9verb\u00e8re du p\u00f4le Sud, menaient des vies doisivet\u00e9 et de nonchalance : ils travaillaient deux fois par an. XVII Quand on veut faire de lesprit, il arrive que lon mente un peu. Je nai pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s honn\u00eate en vous parlant des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res. Je risque de donner une fausse id\u00e9e de notre plan\u00e8te \u00e0 ceux qui ne la connaissent pas. Les hommes occupent tr\u00e8s peu de place sur la terre. Si les deux milliards dhabitants qui peuplent la terre se tenaient debout et un peu serr\u00e9s, comme pour un meeting, ils logeraient ais\u00e9ment sur une place publique de vingt milles de long sur vingt milles de large. On pourrait entasser lhumanit\u00e9 sur le moindre petit \u00eelot du Pacifique. Les grandes personnes, bien s\u00fbr, ne vous croiront pas. Elles simaginent tenir beaucoup de place. Elles se voient importantes comme des baobabs. Vous leur conseillerez donc de faire le calcul. Elles adorent les chiffres : \u00e7a leur plaira. Mais ne perdez pas votre temps \u00e0 ce pensum. Cest inutile. Vous avez confiance en moi. Le petit prince, une fois sur terre, fut donc bien surpris de ne voir personne. Il avait d\u00e9j\u00e0 peur de s\u00eatre tromp\u00e9 de plan\u00e8te, quand un anneau couleur de lune remua dans le sable. Bonne nuit, fit le petit prince \u00e0 tout hasard. Bonne nuit, fit le serpent. Sur quelle plan\u00e8te suis-je tomb\u00e9? demanda le petit prince. Sur la Terre, en Afrique, r\u00e9pondit le serpent. Ah.. Il ny a donc personne sur la Terre? Ici cest le d\u00e9sert. Il ny a personne dans les d\u00e9serts. La Terre est grande, dit le serpent. Le petit prince sassit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel : Je me demande, dit-il, si les \u00e9toiles sont \u00e9clair\u00e9es afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma plan\u00e8te. Elle est juste au-dessus de nous.. Mais comme elle est loin! Elle est belle, dit le serpent. Que viens-tu faire ici? Jai des difficult\u00e9s avec une fleur, dit le petit prince. Ah! fit le serpent. Et ils se turent. O\u00f9 sont les hommes? reprit enfin le petit prince. On est un peu seul dans le d\u00e9sert.. On est seul aussi chez les hommes, dit le serpent. Le petit prince le regarda longtemps : Tu es une dr\u00f4le de b\u00eate, lui dit-il enfin, mince comme un doigt.. Mais je suis plus puissant que le doigt dun roi, dit le serpent. Le petit prince eut un sourire : Tu nes pas bien puissant.. Tu nas m\u00eame pas de pattes.. Tu ne peux m\u00eame pas voyager.. Je puis temporter plus loin quun navire, dit le serpent. Il senroula autour de la cheville du petit prince, comme un bracelet dor : Celui que je touche, je le rends \u00e0 la terre dont il est sorti, dit-il encore. Mais tu es pur et tu viens dune \u00e9toile.. Le petit prince ne r\u00e9pondit rien. Tu me fais piti\u00e9, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis taider un jour si tu regrettes trop ta plan\u00e8te. Je puis.. Oh! Jai tr\u00e8s bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par \u00e9nigmes? Je les r\u00e9sous toutes, dit le serpent. Et ils se turent. XVIII Le petit prince traversa le d\u00e9sert et ne rencontra quune fleur. Une fleur \u00e0 trois p\u00e9tales, une fleur de rien du tout.. Bonjour, dit le petit prince. Bonjour, dit la fleur. O\u00f9 sont les hommes? demanda poliment le petit prince. La fleur, un jour, avait vu passer une caravane : Les hommes? Il en existe, je crois, six ou sept. Je les ai aper\u00e7us il y a des ann\u00e9es. Mais on ne sait jamais o\u00f9 les trouver. Le vent les prom\u00e8ne. Ils manquent de racines, \u00e7a les g\u00eane beaucoup. Adieu, fit le petit prince. Adieu, dit la fleur. XIX Le petit prince fit lascension dune haute montagne. Les seules montagnes quil e\u00fbt jamais connues \u00e9taient les trois volcans qui lui arrivaient au genou. Et il se servait du volcan \u00e9teint comme dun tabouret. Dune montagne haute comme celle-ci, se dit-il donc, japercevrai dun coup toute la plan\u00e8te et tous les hommes.. Mais il naper\u00e7ut rien que des aiguilles de roc bien aiguis\u00e9es. Bonjour, dit-il \u00e0 tout hasard Bonjour.. Bonjour. Bonjour.. R\u00e9pondit l\u00e9cho. Qui \u00eates-vous? dit le petit prince. Qui \u00eates-vous.. Qui \u00eates-vous.. Qui \u00eates-vous.. R\u00e9pondit l\u00e9cho. Soyez mes amis, je suis seul, dit-il. Je suis seul.. Je suis seul.. Je suis seul.. R\u00e9pondit l\u00e9cho. Quelle dr\u00f4le de plan\u00e8te! pensa-t-il alors. Elle est toute s\u00e8che, et toute pointue et toute sal\u00e9e. Et les hommes manquent dimagination. Ils r\u00e9p\u00e8tent ce quon leur dit.. Chez moi javais une fleur : elle parlait toujours la premi\u00e8re.. XX Mais il arriva que le petit prince, ayant longtemps march\u00e9 \u00e0 travers les sables, les rocs et les neiges, d\u00e9couvrit enfin une route. Et les routes vont toutes chez les hommes. Bonjour, dit-il. C\u00e9tait un jardin fleuri de roses. Bonjour, dirent les roses. Le petit prince les regarda. Elles ressemblaient toutes \u00e0 sa fleur. Qui \u00eates-vous? leur demanda-t-il, stup\u00e9fait. Nous sommes des roses, dirent les roses. Ah! fit le petit prince.. Et il se sentit tr\u00e8s malheureux. Sa fleur lui avait racont\u00e9 quelle \u00e9tait seule de son esp\u00e8ce dans lunivers. Et voici quil en \u00e9tait cinq mille, toutes semblables, dans un seul jardin! Elle serait bien vex\u00e9e, se dit-il, si elle voyait \u00e7a.. Elle tousserait \u00e9norm\u00e9ment et ferait semblant de mourir pour \u00e9chapper au ridicule. Et je serais bien oblig\u00e9 de faire semblant de la soigner, car, sinon, pour mhumilier moi aussi, elle se laisserait vraiment mourir.. Puis il se dit encore : Je me croyais riche dune fleur unique, et je ne poss\u00e8de quune rose ordinaire. \u00c7a et mes trois volcans qui marrivent au genou, et dont lun, peut-\u00eatre, est \u00e9teint pour toujours, \u00e7a ne fait pas de moi un bien grand prince.. Et, couch\u00e9 dans lherbe, il pleura. XXI Cest alors quapparut le renard : Bonjour, dit le renard. Bonjour, r\u00e9pondit poliment le petit prince, qui se tourna mais ne vit rien. Je suis l\u00e0, dit la voix, sous le pommier.. Qui es-tu? dit le petit prince. Tu es bien joli Je suis un renard, dit le renard. Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivois\u00e9. Ah! pardon, fit le petit prince. Mais apr\u00e8s r\u00e9flexion, il ajouta : Quest-ce que signifie apprivoiser? Tu nes pas dici, dit le renard, que cherches-tu? Je cherche les hommes, dit le petit prince. Quest-ce que signifie apprivoiser? Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. Cest bien g\u00eanant! Ils \u00e9l\u00e8vent aussi des poules. Cest leur seul int\u00e9r\u00eat. Tu cherches des poules? Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Quest-ce que signifie apprivoiser? Cest une chose trop oubli\u00e9e, dit le renard. \u00c7a signifie Cr\u00e9er des liens Cr\u00e9er des liens? Bien s\u00fbr, dit le renard. Tu nes encore pour moi quun petit gar\u00e7on tout semblable \u00e0 cent mille petits gar\u00e7ons. Et je nai pas besoin de toi. Et tu na pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi quun renard semblable \u00e0 cent mille renards. Mais, si tu mapprivoises, nous aurons besoin lun de lautre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde Je commence \u00e0 comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur je crois quelle ma apprivois\u00e9 Cest possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses Oh! ce nest pas sur la Terre, dit le petit prince. Le renard parut tr\u00e8s intrigu\u00e9 : Sur une autre plan\u00e8te? Oui. Il y a des chasseurs sur cette plan\u00e8te-l\u00e0? Non. \u00c7a, cest int\u00e9ressant! Et des poules? Non. Rien nest parfait, soupira le renard. Mais le renard revint \u00e0 son id\u00e9e : Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je mennuie donc un peu. Mais si tu mapprivoises, ma vie sera comme ensoleill\u00e9e. Je conna\u00eetrai un bruit de pas qui sera diff\u00e9rent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien mappellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, l\u00e0-bas, les champs de bl\u00e9? Je ne mange pas de pain. Le bl\u00e9 pour moi est inutile. Les champs de bl\u00e9 ne me rappellent rien. Et \u00e7a, cest triste! Mais tu a des cheveux couleur dor. Alors ce sera merveilleux quand tu mauras apprivois\u00e9! Le bl\u00e9, qui est dor\u00e9, me fera souvenir de toi. Et jaimerai le bruit du vent dans le bl\u00e9 Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince : Sil te pla\u00eet apprivoise-moi! dit-il. Je veux bien, r\u00e9pondit le petit prince, mais je nai pas beaucoup de temps. Jai des amis \u00e0 d\u00e9couvrir et beaucoup de choses \u00e0 conna\u00eetre. On ne conna\u00eet que les choses que lon apprivoise, dit le renard. Les hommes nont plus le temps de rien conna\u00eetre. Il ach\u00e8tent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il nexiste point de marchands damis, les hommes nont plus damis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi! Que faut-il faire? dit le petit prince. Il faut \u00eatre tr\u00e8s patient, r\u00e9pondit le renard. Tu tassoiras dabord un peu loin de moi, comme \u00e7a, dans lherbe. Je te regarderai du coin de l\u0153il et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras tasseoir un peu plus pr\u00e8s Le lendemain revint le petit prince. Il e\u00fbt mieux valu revenir \u00e0 la m\u00eame heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, \u00e0 quatre heures de lapr\u00e8s-midi, d\u00e8s trois heures je commencerai d\u00eatre heureux. Plus lheure avancera, plus je me sentirai heureux. \u00c0 quatre heures, d\u00e9j\u00e0, je magiterai et minqui\u00e9terai ; je d\u00e9couvrira le prix du bonheur! Mais si tu viens nimporte quand, je ne saurai jamais \u00e0 quelle heure mhabiller le c\u0153ur il faut des rites. Quest-ce quun rite? dit le petit prince. Cest aussi quelque chose de trop oubli\u00e9, dit le renard. Cest ce qui fait quun jour est diff\u00e9rent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux! Je vais me promener jusqu\u00e0 la vigne. Si les chasseurs dansaient nimporte quand, les jours se ressembleraient tous, et je naurais point de vacances. Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand lheure du d\u00e9part fut proche : Ah! dit le renard je pleurerai. Cest ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je tapprivoise Bien s\u00fbr, dit le renard. Mais tu vas pleurer! dit le petit prince. Bien s\u00fbr, dit le renard. Alors tu ny gagnes rien! Jy gagne, dit le renard, \u00e0 cause de la couleur du bl\u00e9. Puis il ajouta : Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau dun secret. Le petit prince sen fut revoir les roses. Vous n\u00eates pas du tout semblables \u00e0 ma rose, vous n\u00eates rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivois\u00e9es et vous navez apprivois\u00e9 personne. Vous \u00eates comme \u00e9tait mon renard. Ce n\u00e9tait quun renard semblable \u00e0 cent mille autres. Mais jen ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde. Et les roses \u00e9taient bien g\u00ean\u00e9es. Vous \u00eates belles mais vous \u00eates vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien s\u00fbr, ma rose \u00e0 moi, un passant ordinaire croirait quelle vous ressemble. Mais \u00e0 elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque cest elle que jai arros\u00e9e. Puisque cest elle que jai mise sous globe, Puisque cest elle que jai abrit\u00e9e par le paravent. Puisque cest elle dont jai tu\u00e9 les chenilles sauf les deux ou trois pour les papillons. Puisque cest elle que jai \u00e9cout\u00e9e se plaindre, ou se vanter, ou m\u00eame quelquefois se taire. Puisque cest ma rose. Et il revint vers le renard : Adieu, dit-il Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est tr\u00e8s simple : on ne voit bien quavec le c\u0153ur. Lessentiel est invisible pour les yeux. Lessentiel est invisible pour les yeux, r\u00e9p\u00e9ta le petit prince, afin de se souvenir. Cest le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. Cest le temps que jai perdu pour ma rose fit le petit prince, afin de se souvenir. Les hommes ont oubli\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9, dit le renard. Mais tu ne dois pas loublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivois\u00e9. Tu es responsable de ta rose Je suis responsable de ma rose r\u00e9p\u00e9ta le petit prince, afin de se souvenir. XXII Bonjour, dit le petit prince. Bonjour, dit laiguilleur. Que fais-tu ici? dit le petit prince. Je trie les voyageurs, par paquets de mille, dit laiguilleur. Jexp\u00e9die les trains qui les emportent, tant\u00f4t vers la droite, tant\u00f4t vers la gauche. Et un rapide illumin\u00e9, grondant comme le tonnerre, fit trembler la cabine daiguillage. Ils sont bien press\u00e9s, dit le petit prince. Que cherchent-ils? Lhomme de la locomotive lignore lui-m\u00eame, dit laiguilleur. Et gronda, en sens inverse, un second rapide illumin\u00e9. Ils reviennent d\u00e9j\u00e0? demanda le petit prince.. Ce ne sont pas les m\u00eames, dit laiguilleur. Cest un \u00e9change. Ils n\u00e9taient pas contents, l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9taient? On nest jamais content l\u00e0 o\u00f9 lon est, dit laiguilleur. Et gronda le tonnerre dun troisi\u00e8me rapide illumin\u00e9. Ils poursuivent les premiers voyageurs? demanda le petit prince. Ils ne poursuivent rien du tout, dit laiguilleur. Ils dorment l\u00e0-dedans, ou bien ils b\u00e2illent. Les enfants seuls \u00e9crasent leur nez contre les vitres. Les enfants seuls savent ce quils cherchent, fit le petit prince. Ils perdent du temps pour une poup\u00e9e de chiffons, et elle devient tr\u00e8s importante, et si on la leur enl\u00e8ve, ils pleurent.. Ils ont de la chance, dit laiguilleur. XXIII Bonjour, dit le petit prince. Bonjour, dit le marchand. C\u00e9tait un marchand de pilules perfectionn\u00e9es qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et lon n\u00e9prouve plus le besoin de boire. Pourquoi vends-tu \u00e7a? dit le petit prince. Cest une grosse \u00e9conomie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On \u00e9pargne cinquante-trois minutes par semaine. Et que fait-on des cinquante-trois minutes? On en fait ce que lon veut.. Moi, se dit le petit prince, si javais cinquante-trois minutes \u00e0 d\u00e9penser, je marcherais tout doucement vers une fontaine.. XXIV Nous en \u00e9tions au huiti\u00e8me jour de ma panne dans le d\u00e9sert, et javais \u00e9cout\u00e9 lhistoire du marchand en buvant la derni\u00e8re goutte de ma provision deau : Ah! dis-je au petit prince, ils sont bien jolis, tes souvenirs, mais je nai pas encore r\u00e9par\u00e9 mon avion, je nai plus rien \u00e0 boire, et je serais heureux, moi aussi, si je pouvais marcher tout doucement vers une fontaine! Mon ami le renard, me dit-il.. Mon petit bonhomme, il ne sagit plus du renard! Pourquoi? Parce quon va mourir de soif.. Il ne comprit pas mon raisonnement, il me r\u00e9pondit : Cest bien davoir eu un ami, m\u00eame si lon va mourir. Moi, je suis bien content davoir eu un ami renard.. Il ne mesure pas le danger, me dis-je. Il na jamais ni faim ni soif. Un peu de soleil lui suffit.. Mais il me regarda et r\u00e9pondit \u00e0 ma pens\u00e9e : Jai soif aussi.. Cherchons un puits.. Jeus un geste de lassitude : il est absurde de chercher un puits, au hasard, dans limmensit\u00e9 du d\u00e9sert. Cependant nous nous m\u00eemes en marche. Quand nous e\u00fbmes march\u00e9, des heures, en silence, la nuit tomba, et les \u00e9toiles commenc\u00e8rent de s\u00e9clairer. Je les apercevais comme en r\u00eave, ayant un peu de fi\u00e8vre, \u00e0 cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma m\u00e9moire : Tu as donc soif, toi aussi? lui demandai-je. Mais il ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ma question. Il me dit simplement : Leau peut aussi \u00eatre bonne pour le c\u0153ur.. Je ne compris pas sa r\u00e9ponse mais je me tus.. Je savais bien quil ne fallait pas linterroger. Il \u00e9tait fatigu\u00e9. Il sassit. Je massis aupr\u00e8s de lui. Et, apr\u00e8s un silence, il dit encore : Les \u00e9toiles sont belles, \u00e0 cause dune fleur que lon ne voit pas.. Je r\u00e9pondis bien s\u00fbr et je regardai, sans parler, les plis du sable sous la lune. Le d\u00e9sert est beau, ajouta-t-il.. Et c\u00e9tait vrai. Jai toujours aim\u00e9 le d\u00e9sert. On sassoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On nentend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence.. Ce qui embellit le d\u00e9sert, dit le petit prince, cest quil cache un puits quelque part.. Je fus surpris de comprendre soudain ce myst\u00e9rieux rayonnement du sable. Lorsque j\u00e9tais petit gar\u00e7on jhabitais une maison ancienne, et la l\u00e9gende racontait quun tr\u00e9sor y \u00e9tait enfoui. Bien s\u00fbr, jamais personne na su le d\u00e9couvrir, ni peut-\u00eatre m\u00eame ne la cherch\u00e9. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son c\u0153ur.. Oui, dis-je au petit prince, quil sagisse de la maison, des \u00e9toiles ou du d\u00e9sert, ce qui fait leur beaut\u00e9 est invisible! Je suis content, dit-il, que tu sois daccord avec mon renard. Comme le petit prince sendormait, je le pris dans mes bras, et me remis en route. J\u00e9tais \u00e9mu. Il me semblait porter un tr\u00e9sor fragile. Il me semblait m\u00eame quil ny e\u00fbt rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, \u00e0 la lumi\u00e8re de la lune, ce front p\u00e2le, ces yeux clos, ces m\u00e8ches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais : Ce que je vois l\u00e0 nest quune \u00e9corce. Le plus important est invisible.. Comme ses l\u00e8vres entrouvertes \u00e9bauchaient un demi-sourire je me dis encore : Ce qui m\u00e9meut si fort de ce petit prince endormi, cest sa fid\u00e9lit\u00e9 pour une fleur, cest limage dune rose qui rayonne en lui comme la flamme dune lampe, m\u00eame quand il dort.. Et je le devinai plus fragile encore. Il faut bien prot\u00e9ger les lampes : un coup de vent peut les \u00e9teindre.. Et, marchant ainsi, je d\u00e9couvris le puits au lever du jour. XXV Les hommes, dit le petit prince, ils senfournent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce quils cherchent. Alors ils sagitent et tournent en rond Et il ajouta : Ce nest pas la peine.. Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creus\u00e9s dans le sable. Celui-l\u00e0 ressemblait \u00e0 un puits de village. Mais il ny avait l\u00e0 aucun village, et je croyais r\u00eaver. Cest \u00e9trange, dis-je au petit prince, tout est pr\u00eat : la poulie, le seau et la corde.. Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie g\u00e9mit comme g\u00e9mit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi. Tu entends, dit le petit prince, nous r\u00e9veillons ce puits et il chante.. Je ne voulais pas quil f\u00eet un effort : Laisse-moi faire, lui dis-je, cest trop lourd pour toi. Lentement je hissai le seau jusqu\u00e0 la margelle. Je ly installai bien daplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans leau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil. Jai soif de cette eau-l\u00e0, dit le petit prince, donne-moi \u00e0 boire.. Et je compris ce quil avait cherch\u00e9! Je soulevai le seau jusqu\u00e0 ses l\u00e8vres. Il but, les yeux ferm\u00e9s. C\u00e9tait doux comme une f\u00eate. Cette eau \u00e9tait bien autre chose quun aliment. Elle \u00e9tait n\u00e9e de la marche sous les \u00e9toiles, du chant de la poulie, de leffort de mes bras. Elle \u00e9tait bonne pour le c\u0153ur, comme un cadeau. Lorsque j\u00e9tais petit gar\u00e7on, la lumi\u00e8re de larbre de No\u00ebl, la musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient ainsi tout le rayonnement du cadeau de No\u00ebl que je recevais. Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans un m\u00eame jardin.. Et ils ny trouvent pas ce quils cherchent. Ils ne le trouvent pas, r\u00e9pondis-je.. Et cependant ce quils cherchent pourrait \u00eatre trouv\u00e9 dans une seule rose ou un peu deau.. Bien s\u00fbr, r\u00e9pondis-je. Et le petit prince ajouta : Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le c\u0153ur. Javais bu. Je respirais bien. Le sable, au lever du jour, est couleur de miel. J\u00e9tais heureux aussi de cette couleur de miel. Pourquoi fallait-il que jeusse de la peine.. Il faut que tu tiennes ta promesse, me dit doucement le petit prince, qui, de nouveau, s\u00e9tait assis aupr\u00e8s de moi. Quelle promesse? Tu sais.. Une museli\u00e8re pour mon mouton.. Je suis responsable de cette fleur! Je sortis de ma poche mes \u00e9bauches de dessin. Le petit prince les aper\u00e7ut et dit en riant : Tes baobabs, ils ressemblent un peu \u00e0 des choux.. Oh! Moi qui \u00e9tais si fier des baobabs! Ton renard.. Ses oreilles.. Elles ressemblent un peu \u00e0 des cornes.. Et elles sont trop longues! Et il rit encore. Tu es injuste, petit bonhomme, je ne savais rien dessiner que les boas ferm\u00e9s et les boas ouverts. Oh! \u00e7a ira, dit-il, les enfants savent. Je crayonnai donc une museli\u00e8re. Et jeus le c\u0153ur serr\u00e9 en la lui donnant : Tu as des projets que jignore.. Mais il ne me r\u00e9pondit pas. Il me dit : Tu sais, ma chute sur la Terre.. Cen sera demain lanniversaire.. Puis, apr\u00e8s un silence il dit encore : J\u00e9tais tomb\u00e9 tout pr\u00e8s dici.. Et il rougit. Et de nouveau, sans comprendre pourquoi, j\u00e9prouvai un chagrin bizarre. Cependant une question me vint : Alors ce nest pas par hasard que, le matin o\u00f9 je tai connu, il y a huit jours, tu te promenais comme \u00e7a, tout seul, \u00e0 mille milles de toutes les r\u00e9gions habit\u00e9es! Tu retournais vers le point de ta chute? Le petit prince rougit encore. Et jajoutai, en h\u00e9sitant : \u00c0 cause, peut-\u00eatre, de lanniversaire.. Le petit prince rougit de nouveau. Il ne r\u00e9pondait jamais aux questions, mais, quand on rougit, \u00e7a signifie oui, nest-ce pas? Ah! lui dis-je, jai peur.. Mais il me r\u00e9pondit : Tu dois maintenant travailler. Tu dois repartir vers ta machine. Je tattends ici. Reviens demain soir.. Mais je n\u00e9tais pas rassur\u00e9. Je me souvenais du renard. On risque de pleurer un peu si lon sest laiss\u00e9 apprivoiser.. XXVI Il y avait, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du puits, une ruine de vieux mur de pierre. Lorsque je revins de mon travail, le lendemain soir, japer\u00e7us de loin mon petit prince assis l\u00e0-haut, les jambes pendantes. Et je lentendis qui parlait : Tu ne ten souviens donc pas? disait-il. Ce nest pas tout \u00e0 fait ici! Une autre voix lui r\u00e9pondit sans doute, puisquil r\u00e9pliqua : Si! Si! cest bien le jour, mais ce nest pas ici lendroit.. Je poursuivis ma marche vers le mur. Je ne voyais ni nentendais toujours personne. Pourtant le petit prince r\u00e9pliqua de nouveau :.. Bien s\u00fbr. Tu verras o\u00f9 commence ma trace dans le sable. Tu nas qu\u00e0 my attendre. Jy serai cette nuit. J\u00e9tais \u00e0 vingt m\u00e8tres du mur et je ne voyais toujours rien. Le petit prince dit encore, apr\u00e8s un silence : Tu as du bon venin? Tu es s\u00fbr de ne pas me faire souffrir longtemps? Je fis halte, le c\u0153ur serr\u00e9, mais je ne comprenais toujours pas. Maintenant va-ten, dit-il.. Je veux redescendre! Alors jabaissai moi-m\u00eame les yeux vers le pied du mur, et je fis un bond! Il \u00e9tait l\u00e0, dress\u00e9 vers le petit prince, un de ces serpents jaunes qui vous ex\u00e9cutent en trente secondes. Tout en fouillant ma poche pour en tirer mon revolver, je pris le pas de course, mais, au bruit que je fis, le serpent se laissa doucement couler dans le sable, comme un jet deau qui meurt, et, sans trop se presser, se faufila entre les pierres avec un l\u00e9ger bruit de m\u00e9tal. Je parvins au mur juste \u00e0 temps pour y recevoir dans les bras mon petit bonhomme de prince, p\u00e2le comme la neige. Quelle est cette histoire-l\u00e0! Tu parles maintenant avec les serpents! Javais d\u00e9fait son \u00e9ternel cache-nez dor. Je lui avais mouill\u00e9 les tempes et lavais fait boire. Et maintenant je nosais plus rien lui demander. Il me regarda gravement et mentoura le cou de ses bras. Je sentais battre son c\u0153ur comme celui dun oiseau qui meurt, quand on la tir\u00e9 \u00e0 la carabine. Il me dit : Je suis content que tu aies trouv\u00e9 ce qui manquait \u00e0 ta machine. Tu vas pouvoir rentrer chez toi.. Comment sais-tu! Je venais justement lui annoncer que, contre toute esp\u00e9rance, javais r\u00e9ussi mon travail! Il ne r\u00e9pondit rien \u00e0 ma question, mais il ajouta : Moi aussi, aujourdhui, je rentre chez moi.. Puis, m\u00e9lancolique : Cest bien plus loin.. Cest bien plus difficile.. Je sentais bien quil se passait quelque chose dextraordinaire. Je le serrais dans les bras comme un petit enfant, et cependant il me semblait quil coulait verticalement dans un ab\u00eeme sans que je pusse rien pour le retenir.. Il avait le regard s\u00e9rieux, perdu tr\u00e8s loin : Jai ton mouton. Et jai la caisse pour le mouton. Et jai la museli\u00e8re.. Et il sourit avec m\u00e9lancolie. Jattendis longtemps. Je sentais quil se r\u00e9chauffait peu \u00e0 peu : Petit bonhomme, tu as eu peur.. Il avait eu peur, bien s\u00fbr! Mais il rit doucement : Jaurai bien plus peur ce soir.. De nouveau je me sentis glac\u00e9 par le sentiment de lirr\u00e9parable. Et je compris que je ne supportais pas lid\u00e9e de ne plus jamais entendre ce rire. C\u00e9tait pour moi comme une fontaine dans le d\u00e9sert. Petit bonhomme, je veux encore tentendre rire.. Mais il me dit : Cette nuit, \u00e7a fera un an. Mon \u00e9toile se trouvera juste au-dessus de lendroit o\u00f9 je suis tomb\u00e9 lann\u00e9e derni\u00e8re.. Petit bonhomme, nest-ce pas que cest un mauvais r\u00eave cette histoire de serpent et de rendez-vous et d\u00e9toile.. Mais il ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ma question. Il me dit : Ce qui est important, \u00e7a ne se voit pas.. Bien s\u00fbr.. Cest comme pour la fleur. Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une \u00e9toile, cest doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les \u00e9toiles sont fleuries. Bien s\u00fbr.. Cest comme pour leau. Celle que tu mas donn\u00e9e \u00e0 boire \u00e9tait comme une musique, \u00e0 cause de la poulie et de la corde.. Tu te rappelles.. Elle \u00e9tait bonne. Bien s\u00fbr.. Tu regarderas, la nuit, les \u00e9toiles. Cest trop petit chez moi pour que je te montre o\u00f9 se trouve la mienne. Cest mieux comme \u00e7a. Mon \u00e9toile, \u00e7a sera pour toi une des \u00e9toiles. Alors, toutes les \u00e9toiles, tu aimeras les regarder.. Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau.. Il rit encore. Ah! petit bonhomme, petit bonhomme jaime entendre ce rire! Justement ce sera mon cadeau.. Ce sera comme pour leau.. Que veux-tu dire? Les gens ont des \u00e9toiles qui ne sont pas les m\u00eames. Pour les uns, qui voyagent, les \u00e9toiles sont des guides. Pour dautres elles ne sont rien que de petites lumi\u00e8res. Pour dautres qui sont savants elles sont des probl\u00e8mes. Pour mon businessman elles \u00e9taient de lor. Mais toutes ces \u00e9toiles-l\u00e0 se taisent. Toi, tu auras des \u00e9toiles comme personne nen a.. Que veux-tu dire? Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque jhabiterai dans lune delles, puisque je rirai dans lune delles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les \u00e9toiles. Tu auras, toi, des \u00e9toiles qui savent rire! Et il rit encore. Et quand tu seras consol\u00e9 on se console toujours tu seras content de mavoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fen\u00eatre, comme \u00e7a, pour le plaisir.. Et tes amis seront bien \u00e9tonn\u00e9s de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras : Oui, les \u00e9toiles, \u00e7a me fait toujours rire! Et ils te croiront fou. Je taurai jou\u00e9 un bien vilain tour.. Et il rit encore. Ce sera comme si je tavais donn\u00e9, au lieu d\u00e9toiles, des tas de petits grelots qui savent rire.. Et il rit encore. Puis il redevint s\u00e9rieux : Cette nuit.. Tu sais.. Ne viens pas. Je ne te quitterai pas. Jaurai lair davoir mal.. Jaurai un peu lair de mourir. Cest comme \u00e7a. Ne viens pas voir \u00e7a, ce nest pas la peine.. Je ne te quitterai pas. Mais il \u00e9tait soucieux. Je te dis \u00e7a.. Cest \u00e0 cause aussi du serpent. Il ne faut pas quil te morde.. Les serpents, cest m\u00e9chant. \u00c7a peut mordre pour le plaisir.. Je ne te quitterai pas. Mais quelque chose le rassura : Cest vrai quils nont plus de venin pour la seconde morsure.. Cette nuit-l\u00e0 je ne le vis pas se mettre en route. Il s\u00e9tait \u00e9vad\u00e9 sans bruit. Quand je r\u00e9ussis \u00e0 le rejoindre il marchait d\u00e9cid\u00e9, dun pas rapide. Il me dit seulement : Ah! tu es l\u00e0.. Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore : Tu as eu tort. Tu auras de la peine. Jaurai lair d\u00eatre mort et ce ne sera pas vrai.. Moi je me taisais. Tu comprends. Cest trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-l\u00e0. Cest trop lourd. Moi je me taisais. Mais ce sera comme une vieille \u00e9corce abandonn\u00e9e. Ce nest pas triste les vieilles \u00e9corces.. Moi je me taisais. Il se d\u00e9couragea un peu. Mais il fit encore un effort : Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les \u00e9toiles. Toutes les \u00e9toiles seront des puits avec une poulie rouill\u00e9e. Toutes les \u00e9toiles me verseront \u00e0 boire.. Moi je me taisais. Ce sera tellement amusant! Tu auras cinq cents millions de grelots, jaurai cinq cents millions de fontaines.. Et il se tut aussi, parce quil pleurait.. Cest l\u00e0. Laisse-moi faire un pas tout seul. Et il sassit parce quil avait peur. Il dit encore : Tu sais.. Ma fleur.. Jen suis responsable! Et elle est tellement faible! Et elle est tellement na\u00efve. Elle a quatre \u00e9pines de rien du tout pour la prot\u00e9ger contre le monde.. Moi je massis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit : Voil\u00e0.. Cest tout.. Il h\u00e9sita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger. Il ny eut rien quun \u00e9clair jaune pr\u00e8s de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. \u00c7a ne fit m\u00eame pas de bruit, \u00e0 cause du sable. Il tomba doucement comme tombe un arbre. XXVII Et maintenant, bien s\u00fbr, \u00e7a fait six ans d\u00e9j\u00e0.. Je nai jamais encore racont\u00e9 cette histoire. Les camarades qui mont revu ont \u00e9t\u00e9 bien contents de me revoir vivant. J\u00e9tais triste mais je leur disais : Cest la fatigue.. Maintenant je me suis un peu consol\u00e9. Cest \u00e0 dire.. Pas tout \u00e0 fait. Mais je sais bien quil est revenu \u00e0 sa plan\u00e8te, car, au lever du jour, je nai pas retrouv\u00e9 son corps. Ce n\u00e9tait pas un corps tellement lourd.. Et jaime la nuit \u00e9couter les \u00e9toiles. Cest comme cinq cent millions de grelots.. Mais voil\u00e0 quil se passe quelque chose dextraordinaire. La museli\u00e8re que jai dessin\u00e9e pour le petit prince, jai oubli\u00e9 dy ajouter la courroie de cuir! Il naura jamais pu lattacher au mouton. Alors je me demande : Que sest-il pass\u00e9 sur sa plan\u00e8te? Peut-\u00eatre bien que le mouton a mang\u00e9 la fleur.. Tant\u00f4t je me dis : S\u00fbrement non! Le petit prince enferme sa fleur toutes les nuits sous son globe de verre, et il surveille bien son mouton.. Alors je suis heureux. Et toutes les \u00e9toiles rient doucement. Tant\u00f4t je me dis : On est distrait une fois ou lautre, et \u00e7a suffit! Il a oubli\u00e9, un soir, le globe de verre, ou bien le mouton est sorti sans bruit pendant la nuit.. Alors les grelots se changent tous en larmes.. Cest l\u00e0 un bien grand myst\u00e8re. Pour vous qui aimez aussi le petit prince, comme pour moi, rien de lunivers nest semblable si quelque part, on ne sait o\u00f9, un mouton que nous ne connaissons pas a, oui ou non, mang\u00e9 une rose.. Regardez le ciel. Demandez-vous : Le mouton oui ou non a-t-il mang\u00e9 la fleur? Et vous verrez comme tout change.. Et aucune grande personne ne comprendra jamais que \u00e7a a tellement dimportance! \u00c7a cest, pour moi, le plus beau et le plus triste paysage du monde. Cest le m\u00eame paysage que celui de la page pr\u00e9c\u00e9dente, mais je lai dessin\u00e9 une fois encore pour bien vous le montrer. Cest ici que le petit prince a apparu sur terre, puis disparu. Regardez attentivement ce paysage afin d\u00eatre s\u00fbrs de le reconna\u00eetre, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le d\u00e9sert. Et, sil vous arrive de passer par l\u00e0, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l\u00e9toile! Si alors un enfant vient \u00e0 vous, sil rit, sil a des cheveux dor, sil ne r\u00e9pond pas quand on linterroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils! Ne me laissez pas tellement triste : \u00e9crivez-moi vite quil est revenu.. Source:-Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/img.over-blog.com\/600x451\/2\/84\/43\/77\/Jeux\/valPP3.jpg\" alt=\"texte rencontre petit prince renard\" align=\"left\"> Lamour v\u00e9ritable commence l\u00e0 o\u00f9 tu nattends plus rien en retour. France Inter propose \u00e0 plusieurs auteurs d\u00e9crire et de raconter une histoire pour vos enfants Voici doncOli, podcast original \u00e0, destination des plus jeunes. D\u00e9couvrez le conte imagin\u00e9 par l\u00e9criv.. Bien que le renard change de poil, il ne change pas de naturel Fernando de Rojas-Bien s\u00fbr. Et si tu es gentil, je te donnerai aussi une  r\u00e9alit\u00e9 des choses. Nous voil\u00e0 rentr\u00e9 dans le monde initiatique et Lallumeur peut symboliser celui qui \u00e9veille les autres, qui donne des conseils sans quon les lui demande, le guide spirituel qui est tellement embourb\u00e9 dans le bien-faire, quil se met trop de pression, fait un exc\u00e8s de z\u00e8le et cela va provoquer chez ceux \u00e0 qui il prodigue ses lumi\u00e8res le chaud et le froid tant\u00f4t cela les illumines et tant\u00f4t cela \u00e9teint. Au lieu d\u00eatre serein et bon ce qui ferait que cette lumi\u00e8re durerait un temps assez long pour en profiter-Ah! pardon, fit le petit prince. Mais, apr\u00e8s r\u00e9flexion, il ajouta : rend soudain visible les bizarreries du mode de vie fran\u00e7ais que les Fran\u00e7ais, anesth\u00e9si\u00e9s par <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/saxophonemes.fr\/saxophonemes.fr\/Le_Petit_Prince_Lille_files\/spectacle_img_carre_496x580.petitprince.jpg\" alt=\"texte rencontre petit prince renard\" align=\"center\"> temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante-En quoi diff\u00e8re-t-elle des rencontres pr\u00e9c\u00e9dentes? Il r\u00e9presente une critique \u00e0 la societ\u00e9 consommatrice actuelle. Cest un personnage qui veut \u00eatre admir\u00e9 et il r\u00e9presente beaucoup de sujets de lEurope occidental et capitaliste. Le petit prince lui trouve bizarre. Le Petit Prince est un petit gar\u00e7on un peu qui vient dune autre plan\u00e8te, last\u00e9ro\u00efde B612, et avant de rencontrer notre narrateur sur la Terre, il a effectu\u00e9 de nombreuses rencontres. Cest par ce biais quon d\u00e9couvre un peu plus sur la philosophie et l\u00e9tat desprit de notre h\u00e9ros. Sa cr\u00e9dibilit\u00e9 fut ainsi nulle \u00e0 cause de son accoutrement. Plusieurs mois plus tard, il reproduisit son discours, mais cette fois habill\u00e9 dun \u00e9l\u00e9gant costume. Tout son auditoire fut r\u00e9ceptif et stup\u00e9fait de ses recherches. La communication ici passe avant tout par un acte de pr\u00e9sentation. Pour moi, celui-ci na jamais \u00e9t\u00e9 j\u00e9voque le commentaire de Tonio le professeur Nimbus mais une r\u00e9surrection humaine du Petit Prince de Saint Ex pour son physique, sa philosophie, toutes ses qualit\u00e9s humaines, sa mani\u00e8re de mettre sous globe ce qui lui \u00e9tait important cf la rose, sa conception de lamiti\u00e9cf le renard et ses id\u00e9es futuristes et parfois extravagantes qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es justes par la suite. Heureux de vous avoir aid\u00e9! Vous nous appr\u00e9ciez? Donnez votre avis sur nous! .<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>texte rencontre petit prince renard<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11786"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11786"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11786\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11787,"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11786\/revisions\/11787"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11786"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11786"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gnss-consulting.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11786"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}